Science économique
Propositions premières

Chapitre 8 - La répartition

8.16. Le revenu global vient au premier rang des agrégats économiques les plus significatifs.

1. Ne faisons plus des « revenus » les « ressources monétaires nouvelles qui permettent de consommer sans s’appauvrir, à patrimoine constant ».

Cet énoncé se trouve dans des précis de vocabulaire économique à l’entrée « Revenu ». Ainsi se colporte l’amalgame des revenus proprement dits aux transferts. Les revenus proprement dits sont en échange du service d’un travail ou d’un placement. La dénomination contradictoire « revenu de transfert » participe au refoulement de la distinction primordiale entre les échanges et les transferts économiques[1]

2. Des échanges économiques sont vecteurs de transferts sous la forme de plus-values et de moins-values.

Parmi ces échanges, outre ceux qui portent sur des œuvres d’art et d’autres raretés, se trouvent les transactions immobilières et boursières. Pour ces dernières, c’est comme s’il était désormais inscrit dans le marbre des tables des lois économiques que les profits ne suffisent pas à rendre attractif le placement en capital de sociétés dont les titres de copropriété sont cotés. Par les réformes que constituent les instaurations des publicités indiquées aux chapitres précédents, sur le capital et le profit, la prééminence du rendement sur la plus-value peut être établie.

3. Faire état des « revenus primaires » n’est qu’apparemment conforme à la réalité.

Le « revenu primaire », comme l’indique le précis cité dans la présente argumentation, est l’« ensemble des revenus perçus par les ménages en contrepartie de leur activité productive » – perçus en produits de leurs ventes de marchandises élémentaires, en réalité. Faire des « revenus primaires » une catégorie n’aurait sa raison d’être que si, en vérité, des « revenus secondaires » existaient. Les autres « ressources monétaires nouvelles » proviennent sans aucune exception de transferts dont n’importe quelle plus-value fait partie.

4. Le titulaire d’un prétendu « revenu » de solidarité ou de substitution est allocataire.

C’est seulement au moyen des revenus proprement dits que des allocations peuvent être servies sans devenir des causes d’endettement public par excès de charges sur le produit des impôts. Les transferts dont bénéficient les titulaires des pensions viagères servies par un dispositif de retraite par répartition sont eux aussi des allocations et non pas des revenus proprement dits.

5. Le « revenu national » est la « somme de tous les revenus primaires perçus par les ménages ».

C’est ce qu’on lit dans le précis, comme en bien d’autres manuels, ainsi que sur le site de l’Insee. Autrement dit, le « revenu national » est le revenu global (RG), probablement d’aussi près qu’il est statistiquement possible de l’évaluer.

6. « Comptabilité nationale — Ensemble des comptes de la nation présentés dans un cadre keynésien standardisé. »

Ce soulignement est de mon fait. Dans la comptabilité nationale ainsi standardisée se trouvent des agrégats non seulement de « produit » mais aussi de « production ». Ne nous attardons pas ici sur ce qui conduit à spécifier que la « production nationale s’oppose à la production intérieure », comme l’indique le précis cité. Notons néanmoins que, puisqu’il n’existe pas de production sans produit et inversement, on doit se demander jusqu’à quel point le « cadre keynésien standardisé » est spécieux.

7. Qu’est-ce donc que la « production » dans ce cadre ?

Le précis cité répond : « L’activité socialement organisée destinée à créer des biens ou des services habituellement échangés sur un marché et/ou obtenus à l’aide de facteurs de production s’échangeant sur un marché ». Le « et/ou », que je viens de souligner, indique où se trouve la ligne de partage entre « produit » sans échange marchand et « production » avec… mais pas toujours ; on a vite fait de s’y perdre.

8. Un « produit national » agrège à la « valeur ajoutée » par les entreprises une évaluation monétaire du « produit » des administrations publiques et de tout autre emploi hors entreprise.

Cela se fait en prenant notamment en compte « les services rendus par les salariés des administrations publiques nationales évalués d’après les salaires et les prestations qui leur sont versées et les cotisations sociales payées pour eux ».

9. L’idée même d’évaluer en unité monétaire le « produit » des administrations publiques n’est pas économiquement pertinente.

L’unité monétaire est celle de la mesure de la valeur d’échange marchand. La production des administrations publiques a une valeur d’usage. Ce n’est pas pour autant qu’elle a une valeur d’échange marchand. Le fait même qu’elle ne soit pas vendue fait qu’elle n’a pas une telle valeur. Au demeurant, dans le « produit intérieur » du cadre standardisé ne se trouve pas le « produit » des administrations publiques, ce dernier n’étant agrégé qu’au « produit national ». La masse salariale des administrations publiques n’en est pas moins une somme de revenus du travail et, partant, une création de valeur d’échange marchand, autrement dit de richesse économique (davantage sur ce point plus loin).

10. De la base 100 opaque s’en trouve mise en circulation.

Les électeurs et les élus qui désirent comprendre dans quel sens la comptabilité nationale – « dans un cadre keynésien standardisé » – use de la notion de « produit », et ce qui la différencie éventuellement de la notion de « production », finissent souvent par y renoncer. Bruts ou nets, un « produit intérieur » et un « produit national » font de la base 100 opaque. Mais, panurgisme aidant, ce référentiel fait loi, notamment sous la forme du souverain « PIB », le « produit intérieur brut », venu au monde en anglais sous le nom de GDP (Global Domestic Product).

11. La production de richesse marchande n’a que deux origines.

L’une de ces origines est le service du travail, l’autre le service du placement d’épargne, quand l’un et l’autre sont en contrepartie d’un revenu. Qui ou quoi crée produit ? Une création est une production, une production est une création. Les expressions « création de richesse » marchande et « production de richesse » désignent très exactement la même réalité économique. Le reste de la production humaine, dont celle des fonctions publiques régaliennes qui coûtent de l’argent comme coûte de l’argent de faire vivre une famille, est par définition non marchande, non pas seulement sur le papier mais d’abord dans la réalité. Il en va de même de toute la production naturelle hors la production humaine.[2]

12. La production de richesse marchande n’a qu’une seule destination.

Du revenu et rien que du revenu est la destination commune aux deux origines de la création de richesse marchande. Cela provient du fait que les marchandises ne sont échangées que contre les marchandises, bien que ce soit le plus souvent par monnaie interposée et étant entendu qu’en vérité les entreprises sont les seules entités qui doivent tout ce qu’elles possèdent. La théorisation néoclassique et la macroéconomie d’origine keynésienne, afin de voir dans la monnaie une marchandise comme les autres (presque ou complètement selon les auteurs) ne peuvent comporter, sans contradiction avec leurs postulats subjectivistes, ni la définition de la marchandise, ni la répartition en catégories homogènes qui lui est logiquement associée, ni une conception de l’entreprise asservie à ce que cette entité a d’objectivement spécifique. Plus généralement elles ne peuvent pas, sans se renier, s’astreindre à la discipline de la définition en logique des ensembles finis.

13. Un résultat d’une des origines et de la destination unique de la création de richesse marchande concerne les fonctionnaires en tant que tels.

Les fonctionnaires et autres salariés de la fonction publique, tout comme les employés de maison, par exemple, participent à côté des salariés des entreprises et autant qu’eux à la création de richesse marchande, c’est-à-dire à la création de valeur d’échange économique, en leur qualité de fournisseur du service du travail échangé contre sa rémunération.

14. Quelle a été l’évolution de la contribution du pays P à la création de richesse économique ?

Au vu des constats qui viennent d’être exposés, la réponse coule de source : l’évolution de la somme, pour le pays P, des revenus réels de ses ressortissants et de leurs associations non commerciales, à raison pour ces dernières des seuls rendements de leurs placements.

15. Les charges publiques doivent avoir pour plafond un pourcentage du revenu global (RG).

Pour que la discussion de ce plafond, qui est un choix collectif évidemment de grande importance, soit ouverte à tous, mieux vaut que le total des impôts soit également rapproché du revenu global (RG). La réalité n’est pas approchée au plus près quand l’expression en pourcentage de l’endettement public n’a pas, elle aussi, pour base 100 le revenu global (RG).

16. La sanctuarisation du PIB n’a été adossée ni à un remède structurel au chômage de masse ni à une théorie claire de la répartition du revenu global (RG) et du revenu du travail (RT).

La sanctuarisation du RG peut être adossée d’une part à une théorisation claire des évolutions normales du revenu total des placements (RP) et du revenu total du travail (RT). Elle peut l’être d’autre part à une politique de l’emploi axée sur la levée des entraves au plein exercice de la relation EPCE.

17. Privilégier, parmi les agrégats macronomiques, le revenu global est un message envoyé à ses compatriotes.

C’est aussi une prise de position en rupture avec l’état d’esprit qui a produit le culte opaque du PIB : «  La production de richesse économique de notre pays, c’est la somme de nos revenus et de ceux des placements de nos associations non commerciales, rien de plus, rien de moins. »


[1] Contrairement à ce que donne à entendre la citation ci-dessus, tout ou partie d’un revenu peut être engrangé par le troc. Un cas dans lequel cela se pratique encore couramment est celui des fractions de salaire entier, qui sont constituées d’« avantages en nature ».
[2] C’est à se demander s’il faut être économiste pour ne pas le voir puis pour passer à côté de ce qu’il en résulte d’à proprement parler économique.