Science économique
Propositions premières

Chapitre 11 - Les prix

11.11. Les prix auxquels une entreprise vend sont suffisants quand, pour cette entreprise, les rentabilités directes de même appartenance sont égales.

1. Plaçons-nous dans une économie où le niveau du TMNP, taux moyen de profit sur capital, qui suffit pour y établir ou y maintenir le plein-emploi est connu.

C’est le cas si les conditions de plein exercice de la rétroaction EPCE sont remplies depuis plusieurs années.

2. Considérons trois groupes d’entreprises juridiquement constituées, selon le niveau de leurs rentabilités sur les sept années précédentes.

Dans le premier groupe, le niveau des rentabilités est nettement inférieur au niveau du TMNP. Dans le deuxième groupe, le niveau des rentabilités est nettement supérieur au niveau du TMNP. Dans le troisième groupe, le niveau des rentabilités est de même ordre de grandeur que le niveau du TMNP.

3. Le niveau des prix auxquels vendent les entreprises du troisième groupe est suffisant.

Mais cela ne suffit pas à établir quelle est la dispersion des rentabilités directes de même appartenance dans chacune des entreprises du troisième groupe.

4. Au sein d’une entreprise juridiquement constituée, les inégalités persistantes de rentabilités directes de même appartenance signalent autant de subventions des ventes les moins rentables par les ventes les plus rentables.

En règle générale, les comparaisons des profitabilités de même appartenance ne signalent pas ces subventions internes, non plus qu’elles ne permettent de les chiffrer. Moins ces subventions sont importantes, plus les prix sont proches de leurs niveaux suffisants.

5. Des pertes de débouché sont évitables par la réduction volontaire des inégalités de rentabilité directe de même appartenance.

En régime de subvention massive des ventes sous-rentables par des ventes sur-rentables sur de l’offre ouverte à concurrence, cette dernière a tôt ou tard pour effet d’amenuiser la sur-rentabilité. Il peut alors être trop tard pour relever la rentabilité des ventes qui ont été subventionnées. Ce piège est d’autant plus redoutable que la production de marge la plus rentable est fréquemment la moins profitable. Une direction générale, faute de s’astreindre à pratiquer et faire pratiquer au sein de l’entreprise la distinction entre profitabilité et rentabilité, est exposée à faire de bonne foi le contraire de ce qui serait le plus salubre : investir davantage dans la production de marge la moins profitable mais la plus rentable, se dégager des ventes les plus profitables mais les moins rentables après avoir cherché comment les rendre plus rentables.

6. L’évolution de la structure de ses ventes devient indifférente à une entreprise qui parvient à égaliser ses rentabilités directes de même appartenance.

Que la clientèle d’une telle entreprise augmente ou réduise ses achats sur telle ou telle section de son offre devient sans effet sur la rentabilité de l’ensemble de l’offre. C’est l’une des conditions principales auxquelles les entreprises portent au plus haut leur contribution sociale.

7. L’entreprenariat qui se veut équitable, sans intégrer à sa gestion les conditions auxquelles les prix d’une entreprise sont suffisants, se fie trop à ses bons sentiments.

Une entreprise verbalement gérée pour dégager le plus possible de bénéfice peut en fait l’être, exercice après exercice, pour atteindre au plus près l’objectif de résultat final établi par sa direction générale au départ de son processus de décisions budgétaires et de fixations d’objectifs. Si dans cette entreprise, la moindre dispersion qui rapproche ses tarifs de vente de leurs niveaux suffisants est admise, alors sa gestion est susceptible de se révéler pour tous (clients, salariés, détenteurs de parts de capital) plus équitable que là où les étendards de « l’économie sociale et solidaire » et du « commerce équitable » flottent à la proue comme à la poupe du navire.