Science économique
Propositions premières

Chapitre 2 - La marchandise

2.10. Toute fourniture qui est une marchandise a donc cinq propriétés.

Les services du placement d’épargne échangés contre leur rémunération sont des fournitures économiques, tout comme le sont les prestations de service échangées contre un revenu du travail.

1. Une marchandise est une fourniture qui a pour propriétés :

1) d'être le produit d’une dépense d’énergie humaine,
2) de comprendre toujours la fourniture d’au moins un service,
3) d’avoir une autre utilité que d’être un instrument d’échange,
4) de ne pas être un moyen élémentaire de production,
5) d’avoir été mis en vente et de ne pas avoir encore trouvé preneur.

2. De l’ensemble des marchandises sont exclus :

1) Le travail en tant que dépense d’énergie humaine ;
2) Les monnaies ayant cours ;
3) Le savoir, autrement dit la connaissance ;
4) Les ressources naturelles.

Tenir constamment compte de ces quatre exclusions évite des erreurs de théorie et de politique économiques. Ce n’est pas négligeable car l’économie politique est un réseau de chemins où des fourches mal ou non fléchées conduisent dans des impasses.

3. Ce qu’il est aujourd’hui malencontreusement bien porté d’appeler « l’économie de la connaissance » n’est qu’une continuation.

L’expression « économie de la connaissance » est malencontreuse parce que la connaissance n’est pas en elle-même, et quoi qu’il en soit dit, un objet économique. La dynamique qu’elle désigne n’est, en économie proprement dite, rien d’autre qu’une augmentation de la proportion du nombre de marchandises dont l’élaboration et la commercialisation, ainsi qu’assez souvent l’utilisation, requièrent des qualifications qui naguère n’existaient pas. Les réalités économiques les plus élémentaires ne s’en trouvent pas modifiées, cette observation valant pour la robotisation, avec vraisemblablement des prescripteurs du versement d’un salaire à des robots, ces derniers procédant ensuite au paiement de leurs cotisations…

4. La santé, la vie, l’éducation et la justice n’ont pas de prix, au sens économique de ce mot.

En principe, elles ne sont à aucun instant des marchandises. Et pourtant elles ont, ô combien, leurs utilités respectives !

Toutefois, prêtres, présidents, professeurs, policiers, notaires, ministres, militaires, médecins, maires , magistrats, infirmiers, huissiers, gardiens, éducateurs, députés, conseillers, avocats – hors les cas où ils assument leur fonction sans être rétribués – n’en sont pas moins tous des marchands, vendeurs de leurs prestations de service en échange d’un salaire, quand bien même il est dit de ce dernier qu’il constitue un denier, des émoluments, des honoraires, un traitement, une solde, etc. Quand cela est admis, en arriver à un seul « régime social » est plus aisé.

5. L’économie improprement dite « de la santé » comporte la dispense de soins au moyen d’échanges marchands et de transferts de pouvoir d’achat.

Des médecins, patrons de leur Ordre en tête, s’ingénient à ne pas tenir ouvertement compte des contraintes économiques auxquelles ils n’ont pas le pouvoir, ni en vérité le devoir moral, de se soustraire. L’une de leurs trouvailles a été de nommer « patientèle » ce qui est bel et bien leur clientèle. Leurs prestations, hors des cas où elles sont fournies bénévolement (notamment aux indigents, le Serment d’Hippocrate y obligeant), sont des marchandises dans leur aspect économique et ont un prix qu’aucune assurance ne justifie honnêtement de majorer ou de minorer.