Science économique
Propositions premières

Chapitre 2 - La marchandise

2.18. L'ensemble des marchandises élémentaires qui sont des placements comporte deux sous-ensembles qui ont respectivement pour contreparties des intérêts et des profits.

1. Examinons deux cas de placement effectué par un particulier ou une association non commerciale X.

Dans le premier cas, X prête une somme d’argent ou une autre sorte d’objet moyennant l’engagement pris par l’emprunteur Y de restituer à X le prêt à l’échéance convenue. Dans le deuxième cas : X apporte à l’entreprise Y une somme d’argent ou une autre sorte d’objet qui lui procure soit la propriété partielle ou totale de l’entreprise Y soit seulement la qualité de sociétaire (coopératives). Dans les deux cas, X reste propriétaire de ce qu’il a placé.

2. Dans les deux cas, le service fourni par X à Y n’est le terme d’un échange marchand que si Y fournit à X la rémunération constitutive de l’autre terme.

Le service fourni par X à Y n’est pas le terme d’un échange marchand entre X et Y lorsqu'arrive ce qui suit. Y estime normal que la rémunération du service fourni par X vienne au moment de la liquidation de son placement à Z. Faire de l’échange entre X et Z un substitut de l’échange entre X et Y constitue une infraction au capitalisme d’échange, autrement dit au capitalisme de rendement, par distinction d’avec le capitalisme de plus-value.

3. En cas de prêt, le placement est temporaire et sous engagement de restitution par l’emprunteur de la chose prêtée.

Dans le deuxième cas, le placement est permanent, sans engagement de restitution à un terme prédéterminé. Parler de prêt et de crédit dans le premier cas et d’apport en capital ou en fonds propres dans le deuxième cas paraît être la convention de vocabulaire la plus spontanément utilisée pour rendre compte de cette différence. Tenons-nous-en à cette convention, quitte à la compléter si le besoin s’en fait sentir.

4. Un placement dans le financement permanent d’une entreprise n’est donc le terme d’un échange marchand que si les distributions de tout ou partie des bénéfices de l’entreprise le rémunèrent.

Nous conviendrons plus avant de n’appeler « profits » que ces distributions. En même temps, nous reprendrons l’usage qui à propos d’un placement rémunéré consiste à parler de son « rendement ».