Science économique
Propositions premières

Chapitre 2 - La marchandise

2.2. Le travail en tant que dépense d'énergie humaine n'est pas une marchandise.

1. Le travail, en tant que dépense d’énergie humaine, a été, est et restera un moyen indispensable aux échanges et aux transferts économiques.

Ce moyen indispensable n’est cependant jamais lui-même une marchandise pour la simple raison que c’est un produit — un résultat — d’une dépense d’énergie et de temps qui est échangé contre de l’argent ou directement contre un autre résultat — un autre produit d’une dépense d’énergie humaine.

2. La distinction entre le travail en tant que dépense d’énergie humaine et le travail en tant que produit échangeable n’est pas spécieuse.

Le fait est qu’il y a là deux réalités, certes liées mais néanmoins distinctes. Une très grande pièce montée est commandée à un pâtissier. Ce dernier entreprend la fabrication la veille au soir du jour de livraison. Il y passe toute la nuit, au sous-sol, car c’est là que se trouve son laboratoire. Le matin, le client qui a passé cette commande arrive à la boutique. La femme du pâtissier prévient son mari depuis le haut de l’escalier. Le pâtissier, qui venait de s’assoupir, se réveille en sursaut et entreprend de monter à la boutique le produit de son travail. Mal réveillé et trop fatigué par sa nuit de labeur, il rate une marche, la pièce montée dévale l’escalier, le chien attiré par l’aubaine engloutit illico une grosse part du gâteau, de toute façon défoncé par sa chute et criblé de débris de porcelaine. Résultat : il y a bel et bien eu dépense d’énergie humaine mais il n’y a plus, pour l’heure, de produit de cette dépense en échange de son paiement par le client.

3. Les expressions « prix du travail » et « coût du travail » ne veulent rien dire quand il s’agit du travail en tant que dépense d’énergie humaine.

Elles ne prennent un sens que lorsqu’il s’agit du travail en tant qu’ouvrage fourni en contrepartie d’un salaire. Cela aussi bien aux fins les plus éminemment pratiques que théoriques.

4. Souvent, le salaire ne comprend pas que ce qui est payé directement au salarié.

En ce cas, il y a également ce qui est payé par l’employeur pour le compte du salarié en tant que tel. De cette part, on peut dire, par distinction avec la part directement payée au salarié, qu’elle est indirecte. Le salaire entier est, alors, la somme de sa part directe et de sa part indirecte.

5. Un moyen d’en prendre à son aise avec l’une des réalités économiques les plus élémentaires consiste à parler du « coût du travail » comme s’il pouvait s’agir d’autre chose que du salaire entier.

Un frein à davantage d’objectivité dans les relations économiques qualifiées de sociales s’en trouve maintenu serré, et d’autant plus fermement que les parts relatives du salaire indirect sont grandes par rapport au salaire direct et au salaire entier. C’est un point très important. Des propositions majeures de politique économique doivent le retenir tant que demeurera la fiction des parts réputées patronales du salaire entier.