Science économique
Propositions premières

Chapitre 3 - L'entreprise

3.1. L’entreprise est la seule entité qui n’existe que pour la pratique d’échanges marchands.

On peut aussi bien dire : l’entreprise est la seule entité qui n’existe que pour la pratique d’échanges économiques.

1. Cette proposition est une définition au sens de ce concept en logique des ensembles finis.

La définition de l’ensemble des entreprises, par la propriété commune à tous ses éléments et à eux seuls, vaut pour toute entreprise indépendamment de :

● son statut juridique,
● sa durée d'existence,
● son appartenance sectorielle : agricole, artisanale, financière, industrielle, libérale, entre autres,
● sa propriété, privée ou publique ou mixte,
● son immatriculation ou sa non-immatriculation en tant qu’entreprise.

Une définition étant aussi une convention de vocabulaire, [1] nous convenons d’appeler en économie « entreprise » tout court l’entreprise commerciale, avec ses autres principales spécificités passées en revue dans la suite du chapitre.

2. Toutes les entreprises humaines ne sont évidemment pas commerciales.

Les familles n’existent pas que pour la pratique d’échanges marchands. L’homme se livre à d’autres sortes d’échange. Ses entreprises sont bien loin d’être toutes commerciales. Les États n’existent pas que pour la pratique d’échanges marchands.

3. L’assimilation d’un État à une entreprise est abusive.

Elle n’en reste pas moins fréquente, la reconnaissance des principales spécificités de l’entreprise étant encore trop peu répandue. Le camouflage d’anomalies en est facilité. Les réformateurs de l’administration publique qui ne le voient pas prennent pour des avancées ce qui se révèle à l’expérience être des reculs.

4. Les entreprises sont des carrefours de marchés.

Des épargnants y font des placements contre rémunération. Des travailleurs y fournissent des prestations contre leur rémunération. D’autres fournisseurs l’approvisionnent. Des clients lui achètent ce qu’elle met en vente. Seulement dans les entreprises se pratiquent des échanges marchands de ces différentes catégories.

5. Les entreprises sont créatrices de débouchés.

Cette création s’opère par trois sortes d’offres. Les unes sont faites à des épargnants, les autres à des travailleurs, les troisièmes à des clients.

Ces offres sont indispensables à l’augmentation du pouvoir d’achat en circulation, dont les faiseurs sont en dernier ressort, des épargnants et des travailleurs. Les managers en sont, eux, des organisateurs.

Les entreprises sont économiquement indispensables à cause des débouchés qu’elles créent et qu’elles entretiennent.

6. Dire des entreprises qu’elles sont les créatrices de richesse et de valeur est tendancieux.

Il faut d’abord préciser de quelle richesse et quelle valeur il s’agit. Cette richesse est marchande. Cette valeur est d’échange marchand, en conjonction avec de l’utilité, ou valeur d’usage.

En vérité, les entreprises participentà la création de richesse marchande et de valeur d’échange économique ainsi que d’utilités. Cette participation contribue à rendre les entreprises économiquement indispensables. Mais l’acte créateur de valeur d’échange marchand est l’échange de marchandises élémentaires. La population tire ses revenus de la vente de ces marchandises-là. Or les entreprises n’en sont pas les seules acheteuses.

Il convient néanmoins de garder présent à l’esprit l’une des exclusivités des entreprises. Elles seules achètent aux épargnants le placement en capital, au sens univoque dans lequel nous serons conduits à utiliser ce mot.

7. L’échange marchand est un acte dont la morale est potentiellement aussi positive que celle du don.

Inversement, le don économique est un acte dont la morale est potentiellement aussi positive que celle de l’échange marchand. Le refoulement de cette reconnaissance affecte la manière dont les entreprises sont généralement gérées.


[1] |Définition, désignation| Tel mot ou telle expression pour désigner une définition, au sens de ce concept en logique des ensembles finis, a toujours de l’importance. Le choix d’une dénomination peut cependant être arbitraire parce que, tout compte fait, plusieurs vocables conviennent aussi bien.