Science économique
Propositions premières

Chapitre 1 - L'économie

1.4. L'économie définie a pour objet ce qui est spécifique aux échanges marchands et aux transferts de termes de ces échanges.

1. Les échanges marchands et les transferts de termes de ces échanges font système.

Le système économique n’est pas fermé, bien que les marchandises ne soient échangées, le plus souvent par monnaie interposée, que contre les marchandises. [1] Outre la création incessante de nouvelles marchandises, [2] des savoirs techniques et des appareillages juridiques font notamment partie de l’environnement du système économique et participent à son pilotage. En retour, le fonctionnement du système altère son environnement.

2. La science économique a pour objet le système ouvert que la pratique des échanges marchands et des transferts de termes d’échange marchand établit.

Une caractéristique majeure du système économique est d’avoir pour sous-systèmes une organisation monétaire et une organisation fiscale, avec tout ce que ces dispositifs comportent d’approximations empiriques. C’est l’une des raisons pour lesquelles la notion d’équilibre appliquée au système économique est irréaliste.

3. Il n’y a pas de causes subjectives spécifiques à la pratique des échanges et des transferts économiques.

Des causes subjectives qui ne concerneraient que les aspects économiques de la vie sociale existeraient si l’appétit de pouvoir d’achat était d’une autre nature que l’appétit de pouvoir ; le désir de posséder par l’échange marchand ou la captation d’un transfert économique d’une nature autre que celle du désir de posséder ; le besoin satisfait par le moyen de l’échange marchand d’une autre nature que le besoin satisfait par l’autoconsommation de sa production ; la mentalité économique d’une autre nature que la mentalité sociale ;  l’homo economicus un constituant réel de l’homo sapiens.

4. Depuis Jean-Baptiste Say, il se répète que l’économie est la production, la distribution et la consommation de richesses.

Cette affirmation, même quand on précise que les richesses en question ne sont que celles qui ont une valeur d’échange marchand, et ne comportent donc notamment pas de « capital humain », [3] colporte une pseudo-définition de l’économie. L’argumentation de la proposition suivante expose pourquoi.


[1] Argumentation de cette affirmation au chapitre suivant, proposition 2.11. Par atavisme, le mot « marchandise » évoque d’abord un objet matériel. Les prestations échangées contre rémunération n’en doivent pas moins être vues comme étant des marchandises, faute de quoi une chose et son contraire sont soutenues : oui, ces échanges-là sont marchands, à preuve qu’ils déterminent l’existence de marchés ; non, car dans chacun de ces échanges l’un des deux termes n’est pas une marchandise.
[2] Toute nouvelle marchandise n’est pas un nouvel objet matériel (voir note précédente).
[3] Entre les analyses et les prescriptions économiques qui font usage de la notion de « capital humain » et celles qui se refusent à le faire, il y a en tout état de cause une rupture dont les conséquences ne peuvent pas être que vénielles.