Science économique
Propositions premières

Chapitre 4 - La comptabilité

4.1. La théorie générale de la comptabilité économique est mésonomique.

Macronomique, mésonomique, micronomique

1. Le sens le plus général de la notion de « comptabilisation » est : enregistrement de quantités.

Le concept de « comptabilité économique » s’extrait de cette notion par la définition ci-dessous énoncée, puis argumentée. Par nécessité logique et pratique, ce concept est cardinal en économie définie.

2. Le propre d’une comptabilité économique est d’enregistrer des valeurs d’échange marchand.

Des montants monétaires expriment ces valeurs, qui restent d’échange même en cas d’usage d’une monnaie seulement de compte.

C1 est un compte de montants d’impôt, C2 un compte de montants d’achats hors taxe, C3 un compte de montants de vente. Ces trois comptes sont tout aussi économiques les uns que les autres. C4 est un compte de caisse ou de banque avec son solde initial, ses entrées et ses sorties, son solde final. Le compte C4 est tout aussi économique que les trois précédents. Tous ces comptes ,et bien d'autres, enregistrent des valeurs d’échange marchand, étant entendu qu’un impôt ou un don ou un vol est, pour l’une des parties, une charge sans contrepartie d’un achat et, pour l’autre, un produit sans contrepartie d’une vente.

3. Une « comptabilité matières » est l’un des instruments utilisés en gestion, tant d’entreprise que d’autres entités.

Dans une comptabilité matières, on enregistre des quantités non monétaires : des nombres de pièces, des poids ou des volumes, des mètres, etc. Dans cet enregistrement se trouve toujours celui d’un stock-départ (le cas échéant nul) et souvent des quantités entrées. Quand l’enregistrement des quantités sorties s’y ajoute, on dit que le dispositif constitue un « inventaire permanent ». Sur la période considérée, quelle quantité de cet article est entrée en stock et quelle autre en est sortie ? Et quelle quantité, à cet instant, demeure en stock ? Une comptabilité matières fournit la réponse, qui est exacte en l'absence d'erreur ou de malversation.

Bien qu’une comptabilité matières puisse beaucoup contribuer à mieux tenir une comptabilité économique, elle n’en est pas une. La tenue d’une comptabilité économique, souvent appelée « comptabilité générale », n’est qu’assez fréquemment assurée au moyen d’une comptabilité matières ou de plusieurs.

4. En première analyse, les catégories de comptabilité économique sont les mêmes que les niveaux d’observation économique.

Le niveau le plus global est celui de la macronomie. Une comptabilité nationale est macronomique. Une comptabilité régionale l’est également. Le niveau intermédiaire est celui de la mésonomie. La comptabilité commerciale dite générale est mésonomique. Le niveau le plus fin de comptabilité économique est celui de la micronomie. La comptabilité dite analytique est micronomique.

5. La comptabilité commerciale et la comptabilité publique sont deux des quatre sortes de comptabilité mésonomique.

Les deux autres sortes de comptabilité mésonomique sont la comptabilité associative et la comptabilité personnelle.

La comptabilité familiale est une comptabilité associative. Les transferts des revenus des parents à la cellule familiale y sont souvent implicites. Mais ils deviennent explicites quand les époux tiennent séparément une comptabilité personnelle et ensemble une comptabilité familiale.

6. La distinction des catégories de comptabilité mésonomique est nécessaire.

Dans une famille qui exploite une entreprise, la comptabilité de la famille est une chose, la comptabilité de l’entreprise en est une autre. Pareillement, dans une entité publique qui exploite une entreprise la comptabilité de l’entité est une chose et la comptabilité de l’entreprise en est une autre. Une disposition spécifique à la comptabilité commerciale n’en est pas moins aujourd’hui appliquée en comptabilité associative et publique. Un manque de discernement économique s’en trouve colporté.

7. La théorie de la comptabilité macronomique procède de la théorie de la comptabilité mésonomique.

Une comptabilité macronomique se conçoit, et se tient, au moyen de comptabilités mésonomiques et d’éventuelles autres statistiques. Historiquement, la conception de la comptabilité nationale a davantage dérivé de la comptabilité commerciale que de toute autre sorte de comptabilité mésonomique.

8. La théorie juste de la comptabilité nationale procède de la théorie de la comptabilité associative.

L’assimilation d’une nation à une entreprise est fautive. Une comptabilité nationale est économiquement mal conçue quand elle procède de cette faute. L’assimilation d’une nation à une personne morale non commerciale est, elle, économiquement juste. Le calque conceptuel le plus approprié de la comptabilité nationale est la comptabilité associative.

9. Une norme de comptabilité économique est ou n’est pas de bon aloi.

Elle est de bon aloi quand elle contribue à éviter de (se) tromper sur la situation économique de l’entité considérée.

La conformité d’une comptabilité économique aux normes en vigueur est vérifiable. Le complet bon aloi d’une comptabilité économique ne l’est pas et ne le sera jamais, cependant que les changements de normes comptables par idéologie éloignent de l'économie objective.

10. Sur quelle axiomatique incontestable faire reposer la théorie générale de la comptabilité économique ?

Bien établie, cette théorie procure un instrument indispensable à l’économie objective. Un petit nombre d’énoncés pourvoit à son articulation, comme ci-après les propositions 4.2 à 4.7 donnent à le constater.