Science économique
Propositions premières

Chapitre 4 - La comptabilité

4.6. Un « bilan » est la synthèse des comptes de stock.

1. « Bilan » vient de l’italien bilancio « balance ».

Dans l’ensemble des balances de montants comptabilisés pour une entité, le bilan est, au jour J, la synthèse des comptes de stocks, avec d'une part ceux de financement, ou passif, et d’autre part ceux d’investissement, ou actif.

La partie historique de l’article « Comptabilité » du Dictionnaire encyclopédique Quillet expose, dans son édition de 1953 (les mises en caractères gras sont mon fait) :

« Le premier traité est de Luca Pacioli (1494) (Tractacus de computis Scripturis), pour qui bilan signifie balance. On y trouve la partie double[1] En 1594, le Belge Dashier Goessens pose le principe de l’inventaire. En 1605, un Hollandais, Stevenin, montre la nécessité du bilan annuel et établit les règles de l’inventaire. En 1675, Savary publie Le parfait négociant, livre qui n’a jamais été surpassé. Au 18e siècle, la comptabilité ne fait aucun progrès. Les grandes compagnies s’appuyaient sur le pouvoir central et le souverain les autorisait à violer les règles de la comptabilité. Ce régime souleva de telles critiques qu’à la Révolution, l’opinion publique réclama l’élaboration de dispositions pratiques et précises. Le code de commerce français de 1807 fixa le régime applicable aux sociétés. [2] Le ministre du Trésor, Mollien, imposa aux finances publiques la partie double ; elle fit apparaître de nombreux déficits et falsifications. Depuis, la technique comptable a progressé parallèlement au développement des échanges. »

2. Un ratio résume le principal de la structure du financement d’une entité.

Le numérateur de ce ratio est le montant des fonds non empruntés. Son dénominateur est le montant total du stock de financement. Ce qu’il mesure est un degré d’indépendance ainsi que de résistance aux ralentissements conjoncturels. La concurrence axée sur la comparabilité des offres joue un rôle irremplaçable. Mais les degrés d’indépendance financière des entreprises configurent substantiellement la marche des affaires. Attendre que les offres concurrentes aient les mêmes effets régulateurs, quels que soient les niveaux d’endettement, est très irréaliste.

3. Le stock de financements d’une entité, autrement dit le passif de son bilan, est presque toujours réductible à deux masses par le critère de la durée de financement.

L’une de ces masses est celles du financement permanent et de l’endettement à plus d’un an. L’autre masse est celle des financements dont la durée est inférieure ou égale à un an ou exigible à tout moment (découvert). La normalisation comptable favorise l’estimation de ces deux masses. L’une de ses règles est, en effet, le classement des rubriques du passif par ordre d’exigibilité. On dit souvent de la première masse qu’elle est celle des « capitaux permanents » (dénomination malencontreuse, nous verrons plus avant pourquoi) et de la seconde celle des « dettes à court terme » ou du « passif d’exploitation ».

4. Le stock d’investissements d’une entité, autrement dit l’actif de son bilan, est lui aussi presque toujours réductible à deux masses par le critère de la durée des investissements.

L’une de ces masses est celle des investissements pour une durée supérieure à un an, l’autre pour une durée inférieure ou égale à un an. Le classement des rubriques de l’actif par ordre croissant de liquidité facilite la détermination des montants de ces masses.

5. Plusieurs couples d’expressions servent à désigner les deux masses d’investissements.

Les plus utilisées en théorie économique et en analyse financière sont, jusqu’à présent, les paires « capital fixe »/« capital circulant » ou bien « actif fixe »/« actif circulant », ou encore « immobilisations nettes »/« valeurs d’exploitation ». Ces désignations ne doivent pas faire oublier qu’en entreprise, l’ensemble des actifs participe à l'entretien du flux de ventes. Là le rapport entre les ventes et le total des actifs constitue une rotation de stock, rotation dont je montrerai plus loin qu’elle mesure une productivité.

6. La différence entre les financements et les investissements à plus d’un an constitue le fonds de roulement.

La différence constitutive du fonds de roulement (FDR), est par définition égale à la différence entre les investissements et les financements d’une durée inférieure ou égale à un an. Dire de cette différence complémentaire qu’elle est le « besoin en fonds de roulement » (BFR), est souvent trompeur. Une baisse du BFR n’entraîne pas une augmentation du FDR. Les raisons d’être d’un FDR positif sont les mêmes que celles d’un ratio élevé d’indépendance financière.

7. Les avantages du commerce interentreprises au comptant sont massifs.

Mais moins le commerce interentreprises est au comptant, plus ce dont cet état le prive est tu. On y considère que la recherche des délais de paiement les plus longs fait partie des lois normales du commerce. Alors les FDR sont calibrés en conséquence, ce qui rend les insolvabilités plus contagieuses. L'emploi en pâtit.


[1] Plus précisément, c’est la distinction entre débitet créditqui est déclinée par Pacioli. La systématisation de la distinction entre stocks et flux restait à venir, introduite un siècle plus tard par Goessens (1594) puis Stevenin (1605).
[2] Pas seulement aux sociétés : l’obligation de l’inventaire annuel s’applique aux entreprises en nom personnel.