Science économique
Propositions premières

Chapitre 5 - Le capital

5.1. N’appelons « capital » que le financement à proprement parler permanent fourni directement à une entreprise par un épargnant ou plusieurs.

1. La clause « n’appelons… que… » rend univoque le sens du substantif « capital ».

Dans ce sens, les apports en capital sont le seul fait des épargnants, au sens spécifié au chapitre précédent : des particuliers et des associations privées à but non commercial, exclusivement.

2. Une implication de cette définition univoque du capital est une définition elle aussi univoque du crédit.

N’appelons « crédit » qu’un financement autre qu’un apport en capital. Plus avant dans le présent chapitre, la distinction entre capital et quasi-capital conduit à compléter la définition du crédit : autre qu’un apport en capital ou en quasi-capital.

3. « Il y aurait grand avantage à disposer au moins de deux mots différents pour désigner le capital selon qu’il figure en position active ou passive ».

Paul Fabra en a fait la remarque dans Diverses acceptions du mot « capital », deuxième appendice au chapitre 5 de Refonder l’économie politique. « Position active » s’entend : partie ou totalité du stock d’investissement, ou actif. « Position passive » s’entend : partie ou totalité du stock de financement, ou passif. Or malgré son nom le « passif » est économiquement primordial, pour deux raisons péremptoires. 1) Du financement est indispensable à tout investissement. 2) Les structures de financement inappropriées font basculer dans le surendettement exponentiel.

4. Pourquoi la comptabilité en partie double a-t-elle été historiquement établie avec la colonne « Débit » à gauche de la colonne « Crédit », et non pas à droite ?

Les premiers comptes en partie double ont été ceux de clients qui commençaient par devoir, colonne « Débit », après quoi le règlement est porté en colonne « Crédit ». Vint le bilan inventé un siècle après. L’« Actif », côté des comptes de stock dont le solde est débiteur (un client doit, solde débiteur), prit alors mécaniquement position à gauche du « Passif », côté des comptes de stock dont le solde est créditeur (un fournisseur a fait crédit, solde créditeur).

5. L’ordre « Crédit | Débit » est économiquement plus pertinent dans les langues qui s’écrivent de gauche à droite et de haut en bas.

Si cet ordre est complètement décliné, les positions « passives « (financements) sont énoncées avant les positions « actives » (investissements) – avant : au-dessus ou en colonne gauche. C’est économiquement plus pertinent.

6. En entreprise le « capital » plus capital que tout autre est le financier.

Que ce financement permanent soit plus ou moins apporté en numéraire ou en nature (terrains, bâtiments, machines, fonds de commerce) ou en industrie (brevets, savoir-faire) n’y change rien. Objecter que ce capital n’est que financier ne tient pas. L’entreprise est la seule institution qui n’existe que par et pour la pratique d’échanges économiques. Elle n’existe donc que par et pour des flux financiers entre elle et ses fournisseurs de toute sorte (dont les apporteurs en capital et les salariés) d’une part, elle et ses clients (qui, souvent ou exclusivement, sont d'autres entreprises) d’autre part. Même si tout cela pouvait ne se faire que par troc, ces flux auraient une réalité financière par l’unité de valeur qui servirait à les comptabiliser, puis à constater si l’entreprise conserve ou fait fondre l’épargne placée dans le capital qu’elle exploite.