Politique économique
Orientations majeures

Renouer avec l'essentiel

1. Lier premièrement la croissance aux placements directs en nouveau capital social.

1.Si lier d’abord la croissance à une action précise est de bonne politique, alors il l’est aussi de lier avant tout l’emploi à cette même action.

Le traitement social du chômage est un leurre s’il tient lieu de politique de l’emploi. Cette dernière ne résorbe tout à fait le chômage structurel que si elle est une politique de croissance.

2. La croissance et l’emploi sont des conséquences, au même titre que la compétitivité et l’état général de l’économie.

Davantage de compétitivité et un meilleur état général de l’économie vont de pair avec plus de croissance et de création d’emplois. Croissance, emploi, compétitivité et état général de l’économie sont interdépendants et ont des déterminants communs.

3. Dans ces déterminants communs, ni la rigueur d’analyse ni la vigueur d’action n’autorisent à exclure qu’il y en a un qui soit en tout lieu et à tout instant plus important que les autres.

La « circularité des échanges économiques ne justifie pas la piteuse parabole de l’œuf et de la poule. » [1]

4. La cause la plus déterminante est forcément ancrée dans la réalité primordiale que le système des échanges marchands établit, en matière d’emploi, de croissance et de compétitivité.

Prenons du recul et constatons. De nouvelles marchandises élémentaires sont constamment injectées dans le système économique. [2] Le s services du travail rémunéré en font partie, tout comme les services des placements dans les fonds de roulement d’entreprises. Pour obtenir autant de travail rémunéré que le plein-emploi en exige, ces placements doivent être suffisants. C’est économiquement primordial.

5. Les électeurs qui ne se fient pas à l’essentiel font les élus qui s’y dérobent. Livrons-nous à une expérience.

« À quoi est-il le plus pertinent de lier premièrement et définitivement le meilleur état de l’économie ? »Posons cette question autour de nous une et cherchons-en aussi la réponse dans des émissions et d’autres publications. Quand réponse il y a, que vaut-elle ? Est-elle le produit vague de jugements flous ? Suppose-t-elle le problème résolu ? Que révèle-t-elle de nos mentalités ?

6. Un particulier P, ou une association à but non lucratif A, fait un placement d’argent. Ce placement est direct quand aucun intermédiaire (un fonds commun de placement par exemple) ne s’interpose entre P ou A et l’entité E qui en fait un élément de son financement et qui en assurera la rémunération, ainsi que le cas échéant le remboursement.

P, ou A, souscrit à l’augmentation de capital ou à l’émission d’obligations d’un établissement financier. C’est un placement direct. P, ou A, place sur un livret d’épargne géré par un intermédiaire, voire par une cascade d’intermédiaires. Ce n’est pas un placement direct.

7. L’intermédiation financière augmente le risque de crise systémique. Plus la part des établissements financiers dans le financement de l’économie est grande, plus ce risque est élevé.

Bien conçue et strictement appliquée, la réglementation de l’industrie financière réduit ce risque. Mais, collectivement, s’en remettre trop à elle est imprudent. C’est pourtant ce qui est d’autant plus fait qu’il y a régression de la part des placements directs d’épargne dans le financement des entreprises et des dettes publiques.

8. L’extension de la pratique des financements directs est devenue techniquement possible. C’est l’une des retombées de l’utilisation intensive de moyens télématiques par les personnes tant morales, privées et publiques, que physiques.

Le coût d’une relation directe entre une organisation et un grand nombre de souscripteurs, les uns potentiels et les autres actifs, s’en trouve considérablement réduit. Les techniques utilisables à cette fin permettent de rendre les relations plus continument interactives.

9. Une population faisant grand usage du placement direct accroît ses pouvoirs économiques. L’un d’entre eux est celui des arbitrages que, dans un circuit plus long, l’intermédiation financière capte. Un autre de ces pouvoirs est celui de gérer en meilleure connaissance de cause la part de ses revenus allouée à des placements financiers.

En la matière, la convergence des intérêts particuliers avec l’intérêt général est patente. Cependant, elle n’est portée à son plus haut que moyennant la reconnaissance collective d’une réalité incontestable : l’insuffisance de l’argent placé en fonds de roulement d’entreprises freine la création d’emplois pérennes.

10. Les placements directs ne sont pas créateurs de monnaie.  Cela a pour conséquence que ces placements ne sont pas une cause de dépréciation monétaire.

Un prélèvement public (impôts + emprunts) qui n’augmente plus en proportion du total des revenus n’est, également, plus une cause de dépréciation monétaire. Or, plus cette dépréciation est faible, plus il est facile pour tout un chacun de se constituer un portefeuille de placements directs, dont la base, ou la totalité, a deux qualités : elle est peu risquée et son rendement est positif, en dépit de la dépréciation monétaire. En outre, et ce n’est pas négligeable, ce portefeuille est transmissible aux héritiers de son propriétaire.

11. Je participe, grâce à l’argent que j’y place, à la création d’un capital social. Cet apport est un placement en nouveau capital.

Je souscris à une augmentation de capital. Cet apport est également un placement en nouveau capital. Je vends des actions. Le placement de leur(s) acheteur(s) n’est jamais constitutif d’un nouveau capital.

12. La capitalisation boursière a augmenté. Le flux de placement en nouveau capital coté en bourse n’a peut-être pas varié par rapport à ce qu’il était auparavant.

La capitalisation boursière a baissé. Ce n’est pas pour autant qu’il y a eu destruction nette de capital exploité pour l’entreprise dont le titre de propriété est coté en bourse.

13. Les apports en nouveau capital social contribuent à la hausse du stock national de capital. Dans le même temps, ce stock est constamment affecté par des pertes.

La redirection vers la consommation de l’épargne ainsi perdue participe à la destruction créatrice. Ceci, à une condition : de l’épargne doit être à nouveau placée en capital ; il le faut pour que la destruction, souvent par obsolescence, aille de pair avec de la création. Il le faut également, en abondance, pour que cette création soit solidement financée.

14. Un avantage est incontestable. La croissance alimentée principalement par l’épargne placée en nouveau capital ne l’est que complémentairement par du prélèvement public (impôts + emprunts).

Pour ne pas y voir un avantage, il faut faire l’impasse sur trois certitudes : le gonflement persistant du prélèvement public asphyxie la croissance ; la structure de son financement conditionne la solidité d’une entreprise ; le sous-ensemble le plus créateur et destructeur d’emplois stables est celui des petites et moyennes entreprises.

15. Une objection ne tient pas. Les conditions auxquelles l’épargne populaire serait massivement attirée par le placement en capital social ne pourraient pas être réunies.

Cela restera vrai tant que la rémunération, la sécurisation et la liquidation des mises en capital social n’auront pas été substantiellement améliorées. L’objection des conditions trop peu attractives ne tiendrait que si cette amélioration était à jamais irréalisable. Ce n’est pas le cas.

16. Une ambition s’impose. Elle a trait aux bulles spéculatives.

Les bulles spéculatives sont bien évidemment d’autant plus ravageuses qu’elles sont massives. Et elles le sont d’autant plus que du crédit participe à leur gonflement. Quand, de plus, ce crédit est lui-même massivement insufflé par de la création monétaire, du plein-emploi plus souvent que du sous-emploi est au bout d’un chemin tellement miné qu’il devient impossible de l’atteindre durablement. C’est pourquoi déminer ce chemin par des réformes s’impose.

17. La vulgarisation de ce que sont des parts de capital social ne présente pas de difficulté. Cette vulgarisation est cependant impartiale à une condition qui n’est aujourd’hui pas communément respectée.

Ces parts sont pour les unes négociables et pour les autres restituables. Seules les négociables ont une valeur de liquidation qu’offres de vente et demandes d’achat font varier. Il y a moins d’économie de casino si la publicité de la valeur exploitée par action est instaurée. La part relative des placements en parts restituables est extensible, pourvu qu’il soit admis que la rémunération de ces placements doive exister, mais qu’elle soit aussi attractive.

18. Ce qui fait que les placements en capital social sont plus ou moins bien traités se prête aussi à leur vulgarisation. Pour que celle-ci soit efficace, il ne faut pas considérer les pratiques usuelles comme intangibles, y compris en matière fiscale, bien entendu.

À cela s’ajoutent deux autres innovations, en l’état actuel du discours économique. L’une concerne le « d’abord » : « la création d’emplois doit-elle être d’abord assurée… ». L’autre concerne le « directs » : « … par vos placements directs en nouvelles parts de capital social ? ». L’une et l’autre aident à dissiper des dénis de réalité et de faisabilité.

19. Les sociétés de sociétés éloignent l’apporteur initial de capital social de l’utilisation finale de l’apport.  Par cet éloignement, des organes ad hoc captent à leur avantage des pouvoirs et font le lit de la finance endogamique et robotisée.

Cette endogamie et cette robotisation sont problématiques. De telles captations n’ont pas à être favorisées. Il est encore moins souhaitable qu’elles soient systématisées. Le législateur peut s’y opposer efficacement, en établissant et en relevant progressivement des proportions de capital social détenues directement par des personnes physiques. Les services de conseillers en placements, exerçant ce métier en toute indépendance, ont toute leur raison d’être. Mais faire comme si ces services pouvaient être fournis gratuitement ouvre la porte à des arnaques. Les arguments convaincants en faveur des placements directs, gérés au moyen des nouvelles techniques de communication et dûment encadrés par le législateur qui veille à en parer les dérives, ne manquent pas.

20. Une population, quand sa qualité de vie est durement mise à mal par le manque d’emplois, attend en premier lieu qu’il soit remédié à ce manque. Elle espère ensuite que ce remède soit compatible avec une plage de variation du poids du prélèvement public qui lui convienne.

Le remède existe. La possibilité de le rendre plus actif par la pleine rémunération du placement en capital social est une réalité. Même si le peu d’empressement à y recourir perdure, parce qu’elle dérange les façons de voir et de faire, elle continuera à exister.

21. Soit un pays où, sur les vingt dernières années, la croissance économique a été si faible que le chômage structurel a augmenté. Mais voici que la relance permanente par placements directs d’épargne y devient enfin délibérément pratiquée.

Cela se fait par les réformes ci-après décrites – Assainir le marché du capital, orientations 6 à 10. Vingt ans après l’entrée en vigueur de ces changements, dans le financement des entreprises : 1) le total des crédits, en valeur absolue, est resté constant, 2) la part de capital a beaucoup augmenté.

22. Si cette dernière augmentation a été assez substantielle, le taux de croissance s’est relevé et le taux de chômage a diminué. C’est tellement sûr qu’en tirer des conclusions brutales s’impose.

Un gouvernement qui s’estime compétent en économie générale montre qu’il se trompe sur ce qu’il y a, en cette matière, de plus élémentaire et de moins douteux s’il se refuse, ou s’il ne lui vient pas à l’idée, de lier premièrement la croissance et l’emploi aux placements directs en nouveau capital social. Les citoyens d’un pays dont le gouvernement commet cette erreur ne font pas mieux que lui s’ils s’abstiennent de lui réclamer avec de plus en plus d’insistance une politique économique qui se donne pour règle de lier premièrement la croissance et l’emploi aux placements directs en nouveau capital social.

23. La loi capitale de politique économique, ici énoncée par l’orientation 1, a une caractéristique qu’il faut souligner. Ses attendus sont objectifs et la mécanique qui lui vaut d’être efficace est elle aussi objective.

Que ce soit au sein d’une nation ou dans les relations internationales, l’asservissement de la subjectivité des uns par la subjectivité des autres rétrécit le champ des libertés effectives et attisent des violences. Davantage d’objectivité a l’effet contraire. Un gouvernement qui croit œuvrer à plus de cohésion sociale et d’entente internationale sans renforcer l’objectivité commune se leurre. La prise de conscience de la loi capitale d’une bonne politique économique est, en soi, une avancée constructive. Les idées qui conduisent à repousser ou à dégrader cette loi, qui est précise, pour se laisser aller à la facilité des formulations imprécises sont des fantasmes, ou bien par le subjectivisme méthodologique dont elles procèdent même quand on leur a donné la réputation d’être les produits d’une authentique science, ou bien par les peurs qu’elles tournent en réactions de légitime défense.


[1] Paul Fabra, Refonder l’économie politique, chapitre 6, dernière section. « Face à la complexité des phénomènes économiques, les économistes modernes ont souvent recours à la parabole facile de l’œuf et de la poule. Quelle est la cause et quel est l’effet ? La circularité de l’échange leur fournit un argument supplémentaire, et apparemment péremptoire, pour refuser de répondre. (… : …) Ce qui caractérise l’économie politique moderne, c’est sa renonciation, ouverte ou masquée selon le cas, au principe de causalité. » Ce dernier soulignement est mon fait, tant il est patent que la renonciation repérée par Fabra joue un rôle décisif dans l’incapacité à cheviller une charpente stable de politique économique.
[2] Même en période de non expansion, y compris au plus profond des pires récessions.