Politique économique
Orientations majeures

Préambule

Tant que dans l’économie d’un pays, le sous-emploi, le surendettement public et le creusement des inégalités de revenu du travail restent structurels, et même quand ne sévit plus qu’un seul de ces seuls maux, il faut des réformes systémiques. Bien conçues, elles font au fil des ans un ensemble cohérent qui assainit la croissance, la concurrence, les modalités et le niveau du prélèvement public, l’actionnariat, le salariat, les retraites, les privatisations et les fournitures des sécurités économiques (qualifiées de sociales comme pour dissimuler ce qu’elles sont en réalité).

La croissance dont il s’agit est celle du pouvoir d’échanges et de transferts économiques des particuliers. Elle a pour raison d’être, définitive, l’augmentation de la qualité des services et des biens, issus de la vente d’une part, et de nature publique d’autre part. Penser une telle croissance selon un modèle contraire est socialement et écologiquement absurde ; la vouloir réductrice d’inégalités ne dispense nullement de devoir d’abord contribuer à bien en piloter la mécanique, en usant d’un « premièrement » — lier premièrement la croissance à… — et d’un « deuxièmement » — lier deuxièmement la croissance à… — pour en arriver à ce que plus aucune orientation et disposition ne contrevienne à cette ligne de conduite. Au niveau d’une nation ou d’un groupe de nations ou de beaucoup d’autres espaces géographiques, une politique économique ne concentre les pouvoirs publics et les initiatives privées sur l’essentiel en la matière que si elle stipule par quelles actions la relance incessante de la croissance doit être assurée – par quelles actions permanentes, donc. [1]

Une thérapie régénératrice est administrable, mais au rebours de deux atavismes, l’un étatiste, l’autre patronal, avec réparties dans ces camps qui en bien des pays s’empiètent beaucoup les clés de blocage et de déblocage des transformations économiques systémiques. Tant que par accord tacite les étatistes et le patronat s’y opposeront, le plein échange actionnarial, autrement dit l’échange actionnarial complet, n’entrera pas en vigueur.

L’abrogation instauratrice du plein-échange salarial fait partie de la thérapie de régénération qui contribue à libérer du surendettement public. Là encore, tant que par accord tacite le patronat, les syndicats d’employés et les pouvoirs publics s’y opposeront cependant que l’étatisme, et quelles que soient les réticences des pouvoirs publics et des syndicats d’employés sur ce point, le plein échange salarial, autrement dit l’échange salarial complet, ne sera pas non plus mis en œuvre.

Le partage assumé du revenu total du travail, par les égalités et inégalités de salaire, a été refoulée, depuis les années 1970 et jusqu’à présent. Cette assomption (au sens où on parle par exemple de l’assomption d’un risque) n’en est pas moins fondamentale tant en matière de justice commutative que d’efficacité économique.

Ramener les retraites dites par répartition (comme pour dissimuler qu’en réalité elles sont par transferts) à un système unique par points contribuera de façon fort substantielle à davantage d’équité économique et de liberté individuelle.

L’étatisation excessive, plaie inévitablement infectée par des déficits publics chroniques, a pour antidotes les subsidiarités économiques. Que les sécurisations elles-mêmes économiques s’en trouvent réduites à l’état de peaux de chagrin n’est pas une fatalité, tout comme mettre fin aux déficits « sociaux » structurels ne se puisse que par le truchement de monopoles ou d’oligopoles exploités par des groupes cotés en bourse.

Les quatorze prescriptions de politique économique ci-après énoncées et argumentées sont relativement rapides à passer en revue. Mais comment caractériser justement leur ensemble ? Nous ne nous laissons jeter de la poudre aux yeux que le temps, il est vrai parfois long, de se mettre à le déplorer amèrement ou même désespérément...

L’opinion publique suivra quand les économistes seront de plus en plus nombreux à enseigner que les pleins échanges, à savoir les échanges économiques complets, non seulement existent conceptuellement, mais aussi sont hautement favorables au plein-emploi et, par-dessus le marché, ont d’autres vertus sociales. Toutefois, d’ici à cette conversion, qui ne s’amorcera peut-être que très lentement, un verdict doit être présenté à l’opinion publique. Il porte sur une caractéristique qui résume le projet politique de l’économie de plein échange.

L’économie de financements directs ne prévaudra que quand elle sera de plein échange. Inversement, l’économie de plein échange ne deviendra la norme qu’en accordant aux épargnants un droit de vote économique complet, droit que l’idéologie et les techniques de la finance moderne ont trop largement confisqué. D’une part, des entreprises organisées en sociétés de toute sorte et de toute taille, dont les « fonds propres » (plus justement dit, le financement permanent) proviennent entièrement ou principalement du capital (et non du quasi-capital) font que souscrire ou non à leur augmentation, proposée en même temps que le versement des dividendes, est l’expression d’un suffrage économique. D’autre part, l’endettement public exclusivement financé par des livrets d’épargne, dont l’encours n’a que cette destination, procure également au corps social le pouvoir économique de faire évoluer comme il l’entend les parts relatives des investissements, selon qu’ils sont publics ou privés. Sur le dernier point comme sur le précédent, la classe politique est pour ainsi dire la patronne, et elle le restera, étant d’autant moins encline à promouvoir les financements directs que l’opinion publique n’y aspire pas, faute de professeurs et de publicistes lui faisant valoir que là se trouve pourtant l’un de ses intérêts majeurs.


[1] En quelque matière que ce soit, une politique qui ne concentre pas sur l’essentiel, ou qui tient pour essentiel ce qui au bout du compte n’est qu’accessoire, usurpe sa prétention à être en vérité plus une politique qu’un expédient. « Vous nous promenez d’expédients en expédients au lieu de vous focaliser, et de nous focaliser, sur ce qui est en réalité principal au regard de l’intérêt général ! » : ce reproche fait à des dirigeants et à leurs conseillers vaut blâme.