Fonds bibliographique

Bichot | Buat |  Boncenne | Daniel |Fabra | Fontaine | Gaston-Breton | George | Grenouilleau

Les fiches suivantes portent sur des livres ou des articles lus depuis le 1er mars 2015. Par auteur, les titres sont classés par ordre décroissant de leurs dates de parution. Au-dessous de chaque entrée, le texte entre guillemets qui situe le propos de l’auteur est de lui ou de son éditeur. Quand après cette présentation, il y a en retrait une note, elle est mon fait. | Février 2016 - Sur les deux douzaines de livres d'économie lus pendant les six derniers mois, tous m'ont procuré de l'information, mais surtout sur ce qui se trouve dans le marais de la pensée économique vaseuse. Je ne servirai de nouveau la liste ci-dessous qu'en cas de bonne pioche. DM


Bichot, Jacques — Labyrinthe - Compliquer pour régner,, Manitoba / Les Belles Lettres, 2015, 238 pages

« Le projet actuel d’un « choc de simplification » témoigne d’une prise de conscience des effets délétères de la complexité inutile engendrée par les pouvoirs publics. Le Président G. Pompidou, avait été encore plus incisif : « cessez d’emmerder les Français » aurait-il dit à ses ministres trop enclins à multiplier lois et décrets. Pourtant la complication ne cesse de croître : pour une réglementation supprimée ou allégée, deux sont créées ou renforcées ; le pouvoir semble inévitablement sécréter de la complication. Pourquoi cela ? Est-ce une fatalité ? Labyrinthe apporte des réponses à ces questions qui ont pour enjeu notre qualité de vie, notre compétitivité et notre liberté.
« La lecture de Labyrinthe permet de prendre connaissance d’une quantité de dérives politiques ou commerciales qui génèrent de véritables casse-têtes. Elle permet surtout de comprendre pourquoi ces dérives se produisent, et comment il serait possible de les éviter, d’entreprendre plutôt de grandes réformes simplificatrices. Labyrinthe apporte un regard neuf sur le fonctionnement de nos pouvoirs publics et le comportement d’entreprises ou de particuliers qui nous compliquent la vie. Dans le mythe grec, Thésée est sorti vainqueur du labyrinthe, symbole de la dictature appuyée sur la complication, et a doté Athènes de la première législation démocratique. À nous autres descendants de l’humanisme hellène, il n’est pas interdit de suivre la voie qu’il a tracée. »

Bichot, Jacques — La monnaie et les systèmes financiers, Ellipses, 1997, 176 pages

« Beaucoup de travaux relatifs au champ monétaire et financier font appel à des techniques mathématiques ou économétriques un peu rébarbatives. Mais, pour parler comme Rabelais, leur « substantifique moelle » peut parfaitement être présentée de façon accessible à « l’honnête homme ». Les grandes avancées de l’analyse économique sont avant tout conceptuelles. Dans ce qui suit, les découvertes, résultats, problématiques et hypothèses sont donc présentés sans recours au formalisme mathématique.
« Absence d’équations ne signifie pas absence de rigueur. La compréhension des phénomènes monétaires et financiers exige en fait une véritable ascèse intellectuelle. Ce domaine est envahi par les idées reçues et les représentations naïves comme une friche par les ronces et les herbes folles ; la récolte peut y être extraordinairement abondante et savoureuse, mais elle vient récompenser un sarclage persévérant, une lutte opiniâtre contre le prêt à penser. Par exemple, l’image familière d’une chose monétaire qui circulerait, que l’on recevrait en paiement, que l’on prêterait, risque à chaque instant de venir se substituer à la conception scientifique des actes monétaires et financiers. Elle constitue ce que Bachelard appelait un « obstacle épistémologique ». Se dépouiller de pensées que Marx eut dénommées « vulgaires », au profit d’une approche plus professionnelle du sujet, requiert indépendance d’esprit, jugement et hauteur de vue.
« Le cadre conceptuel sera mis en place dans une première partie. La seconde fournira des points de repères historiques sans lesquels on disserte de ce que l’on ignore et abordera les problèmes d’actualité à la lumière d’une théorie informée par l’histoire. »

Boncenne, Pierre — Le parapluie de Simon Leys, Philippe Rey, 2015, 256 pages

« Pendant de nombreuses années, une bonne partie de l’intelligentsia occidentale – en France surtout – s’enflamma pour l’utopie maoïste. Jusqu’au jour où une voix isolée, celle de Simon Leys, clama son indignation : témoin de la réalité atroce de la « Révolution culturelle », ce brillant sinologue sortit de sa réserve pour en dénoncer le caractère totalitaire et meurtrier.
D’abord accueillis par la calomnie, les essais sur la Chine de Simon Leys se sont bientôt imposés comme des références par leur clairvoyance et l’élégance de leur style satirique. Puis on a découvert la subtilité de ce lettré cosmopolite vivant en compagnie de Confucius ou Cervantès, Tchekhov ou Stendhal, Conrad ou Chesterton, Orwell ou Lu Xun, et tant d’autres encore. Qu’il s’agisse de littérature, de peinture, de la mer, des îles, mais aussi du bon (et mauvais) goût, du succès, du jargon, de la paresse, de l’imagination, de la beauté, de la vérité, du catholicisme : Simon Leys, de son exil australien, savait comme nul autre nous instruire et nous enchanter, nous faire rêver et méditer.
Cet essai montre comment la lecture de Simon Leys (1935-2014) a été et reste un parapluie unique contre la folie des idéologies, la sottise et l’esprit de sérieux. Pourquoi ce rebelle aux modes a-t-il été traité avec un incroyable mépris ? Quel a été le parcours intellectuel de ce grand « interprète traducteur » de la civilisation chinoise ? Et pourquoi son oeuvre a-t-elle une coloration si singulière et attachante ?

Buat, Nicolas — John Law -  La dette ou comment s’en débarrasser, Les Belles Lettres, 2015, 272 pages

 « À l’image du célèbre diamant dont il fit hommage au Régent en 1717, le nom de Law brille de mille feux. On ne le créditera pas seulement d’avoir introduit en France le billet de banque : son Système relevait d’une vision macroéconomique avant la lettre.
« Law surgit à un moment, somme toute banal de la vie économique de l’Ancien Régime, où l’argent circule mal faute de trouver à s’investir, et aboutit dans le coffre des rentiers. Plombées par vingt-cinq ans de guerre (1689-1714), les finances publiques sont exsangues, victimes d’un arbitrage historique en faveur de l’endettement et au détriment de l’impôt. Comme par miracle, le Système proposait un changement de paradigme.
« Premier banquier central de l’histoire de France, Law se brûla les ailes en actionnant les leviers tout neufs de la création monétaire et du soutien à l’économie. Trois siècles plus tard, son fantôme n’a pas fini de nous hanter : est-ce Law qui doit être considéré comme un précurseur, selon l’opinion de Schumpeter, ou est-ce notre système économique qui est retombé en enfance ? »

« J’avoue ma dette à l’égard de Paul Fabra, qui a été l’un des premiers à mettre en lumière le caractère régressif de la science économique contemporaine. »

Daniel, Jean-Marc — La politique économique, PUF Que sais-je ? N° 720, 1ère édition 2008, 12e mille en 2014, 128 pages

 « La “ politique économique ”,  c’est l’étude de ce qui relève de l’État dans la vie économique, c’est-à-dire les actions qui ne rentrent pas dans une stricte relation de marché. Les objectifs économiques de l’État et de son partenaire privilégié qu’est la banque centrale sont essentiellement d’éviter le chômage, l’inflation et le déficit extérieur, et les outils d’analyse à leur disposition sont ceux développés par la science économique.
« Cet ouvrage montre sur quels fondements s’élabore une politique économique et comment elle résulte toujours d’un savant dosage entre instruments keynésiens et instruments classiques, entre politique budgétaire et politique monétaire. »

L’une des affirmations incontestablement justes sur laquelle prend appui Jean-Marc Daniel, professeur d’économie (ESCP-Europe, souvent convié sur des plateaux de télévision pour dire la parole de l’expert), est que la théorisation de l’économie a « essayé de prendre le tour le plus scientifique possible » (Introduction). Cela étant, l’apparence scientifique est une chose, la substance d’une science exacte en est une autre. Une économie politique est en substance scientifique si ses recours aux règles de trois et à d’autres techniques mathématiques sont établis sur une analyse assez poussée de réalités objectives élémentaires d’où elle tire d’abord des définitions recevables en logique des ensembles finis, sans contractions entre elles, toutes expérimentalement vérifiables, chapeautées par une définition de cette qualité de son objet. Ce n’est pas encore le cas, de bien loin s’en faut. L’état de l’art en matière de politique économique s’en trouve réduit à du « savant dosage » entre les composants, apparemment scientifiques par leur mathématisation, de la « synthèse néoclassique, c’est-à-dire l’aggiornamento réalisé par Samuelson en conciliant les approches classiques et les approches keynésiennes » (Conclusion). Les attendus et les résultats de cette doxa à géométrie instable, et sans consensus sur ce qu’est l’état normal de l’économie d’un pays prospère, ne sont satisfaisants qu’aux yeux des experts fermement décidés à ne pas prendre part à son remplacement par une tout autre, cependant qu’il n’est vraiment pas sûr du tout qu’en économie notamment les échecs obligent à changer de catéchisme.

Fontaine, Laurence — Le marché  – Histoire et usage d’une conquête sociale, Gallimard, 2014

 « Le monde actuel vit un paradoxe inouï. D’un côté, la cause semble entendue : il est plongé dans la crise par les comportements erratiques des marchés financiers. De l’autre, des millions d’êtres miséreux rêvent d’avoir accès au marché, au lieu où, à la ville, ils pourraient troquer un petit rien contre un autre qui les tirerait du besoin.
« Le marché est une institution d’échange dont toute l’histoire est marquée par les dérèglements des usages qu’en firent et en feront des êtres cupides, intéressés par leur seul enrichissement à court terme et aux antipodes de la fiction chère à la théorie économique d’un individu mû par la seule rationalité éclairée. Le marché est aussi un moyen d’émancipation pour les damnés de la terre ou du travail sans qualité.
« C’est ce que rappelle Laurence Fontaine, historienne qui a le goût de l’archive et de l’anecdote exemplaire et la passion des allers-retours explicatifs entre hier et aujourd’hui, Ici, l’économie est à la hauteur de ces hommes et de ces femmes qui veulent améliorer leur sort par l’échange de menus biens ou de produits coûteux, dans la Lombardie ou le Paris du XVIIe siècle, comme dans les provinces reculées du Bengale, de la Chine ou de la Mauritanie contemporains.
« Car le marché est facteur d’émancipation, notamment pour les femmes, qui accèdent à la responsabilité par l’échange, le commerce, la gestion du budget, voire le crédit. Émancipation des pauvres rivés à leur endettement, émancipation de la femme qui desserre l’étau du patriarcat, émancipation globale d’une économie informelle qui accède aux circuits monétaires régulés. Mais émancipation d’une extrême fragilité si elle ne s’accompagne pas de la reconnaissance pour chacun des mêmes droits que pour les autres. N’en déplaise aux repus de la consommation, cette reconnaissance passe aussi par la possibilité d’accéder aux mêmes biens : le exclus demandent une chose première parce qu’ils la savent essentielle pour tout le reste – un accès sans condition au marché. »
La conquête sociale du plein échange économique

Gaston-Breton, Tristan — Batailles de Titans, Les Echos, série d’été 2015

 « Elles datent d’hier ou de plusieurs siècles. Elles ont déchiré grands industriels, géants des médias, politiques ou financiers sans scrupules : des luttes mémorables jalonnent depuis toujours la vie des affaires. Rivalités commerciales, guerres de succession, raids boursiers ou simples querelles d’egos… Tristan Gaston-Breton revient cet été sur 15 conflits qui ont marqué l’histoire économique… »

George, Henry — Progrès et pauvreté, première édition en 1879

 Au regard de l’économie politique objective, l’économie politique selon Henry George et l’économie politique selon Thomas Piketty sont dans la même position. Ratant ce qu’elles avancent au sujet de la répartition, elles ne voient la viabilisation sociale de l’économie de marché que par de la fiscalisation. Leurs grand succès de librairie à plus d’un siècle d’écart donnent à constater que leurs théorisations énoncent ce que bien des gens aiment entendre dire.

Grenouilleau, Olivier — Et le marché devint roi – Essai sur l’éthique du capitalisme, Flammarion, 2013

 « Le marché est-il utile ? Est-il légitime ? Est-il nécessaire ? Ces questions occupent aujourd’hui une telle place dans le débat public qu’elles semblent nées de la crise actuelle ; et pourtant, elles n’ont cessé d’être posées depuis l’apparition des premiers échanges marchands. D’où l’importance, pour comprendre notre monde, de se plonger dans l’histoire passionnante du débat qui a vu s’opposer, sur la longue durée, critiques et défenseurs du marché, de l’Antiquité à nos jours — d’Aristote à Amartya Sen en somme.
« En révélant les racines profondes des controverses contemporaines, ce livre ne jette pas seulement une lumière nouvelle sur notre temps ; il dessine surtout les méandres de la lente affirmation éthique du capitalisme, en dévoilant le mécanisme par lequel le marché est peu à peu parvenu à imposer l’illusion qu’il se situerait hors de portée de toute critique.
« Car aujourd’hui, tout-puissant, le marché semble ne plus devoir répondre à d’autres règles que les siennes. Pourtant, nombreux sont ceux qui le dénoncent comme injuste et cynique : un capitalisme vertueux est-il encore possible ? »
Notes Michaut