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Les deux régulateurs du générateur

Le générateur des revenus

Au sein de chaque nation, qu’elle soit ou non confédérale, les revenus proprement dits sont exclusivement pour les uns des revenus du travail et pour les autres des revenus de placements. Ils ont pour générateur l’ensemble des échanges économiques, tant domestiques que ceux qui s’exercent par-delà des frontières. En aval du générateur, l’ensemble des transferts économiques constitue un répartiteur additionnel, au final entièrement alimenté par des prélèvements sur les revenus ainsi que par des legs.

Les legs dont les impôts sur les successions et, quand cette ponction est jugée trop peu réductrice de la disparité des patrimoines privés, l'adjonction d'un impôt sur la fortune avec ses effets pervers dont l'emploi fait les frais. La création de richesse économique est exclusivement fournie par le générateur qui, en même temps, pourvoit à la distribution des revenus avant toute redistribution. Ce qui envoie à une problématique si cruciale qu'elle est de civilisation : quels sont les mécanismes de la distribution avant toute redistribution ? Sont-ils, pour certains de leurs rouages, intangibles et, pour d'autres, modulables ? Le capitalisme de rendement tend-il à rendre les effets de ces mécanismes plus justifiés que la priorité donnée à la course à la plus-value ? La maximisation, dans la pente naturelle (logique) de l'économie de marché, est-elle celle des revenus de placement et des patrimoines qui les procurent, ou bien celle du revenu total du travail ? Il est impossible qu'une défense de l'intérêt général et une politique économique soient aussi pertinentes que possible sans avoir dans leurs assises des réponses justes à ces questions.

Les régulateurs EPCE et RPP’

Dans le générateur, deux régulateurs interconnectés sont intégrés. Pour qui les a étudiés d’assez près, leurs acronymes EPCE et RPP’ rappellent que le E initial et le E final de l’un sont ceux d’Emploi — Emploi > Profit > Capital > Emploi — et que le R initial de l’autre est celui de Rentabilité — rentabilité R, productivité P, profitabilité P’ : RPP’.

Le schéma du régulateur EPCE est un triangle isocèle inscrit dans un cercle. Les trois sommets sont l'emploi E, le profit P, le Capital C ; C et P étant tels que définis préalablement. Le sens de fonctionnement est celui de la rotation des aiguilles d'une montre. Le plus important, pour rétablir le plein-emploi, reste à faire, tant que la proportion moyenne de capital dans le financement des entreprises reste stable et, à plus forte raison, baisse. Le meilleur moyen d'obtenir l'augmentation de cette proportion n'est pas l'autofinancement par les bénéfices non distribués mais, au contraire, des rendements effectifs des placements en capital plus élevés, assorties d'augmentations de capital social plus fréquentes et plus élevées également. Quant à l'image qui donne le mieux l'idée de ce qu'est la relation RPP', elle est celle d'une balance Roberval dont le fléau pivote autour d'un axe monté sur vérin. Le premier plateau est celui de la rentabilité R, le fléau pivote autour de la productivité P que l'évolution des techniques fait monter, et l'autre plateau est celui de la profitabilité P'. Les définitions de R, P et P' sont telles que toute rentabilité R est égale à une productivité P multipliée par une profitabilité P'. C'est aussi sûr que lorsque, sur un relevé bancaire, la somme des débits est différente de la somme des crédits, alors le solde final est différent du solde initial.

Le régulateur EPCE rétablit d’autant plus vite le plein-emploi que les impulsions qu’il émet ne sont pas affaiblies par de l’autofinancement au moyen du profit P, rendant ainsi les nouvelles mises en capital C plus attractives et variables qu’elles ne le sont quand leur rendement est moindre — quitte à ce que les perspectives de plus-value de ces mises soient moins mirobolantes, ou bien que l’accès à de la plus-value reste exclu, comme dans le cas des coopératives.

L’inconvénient incorrigible des retraites par répartition

Quant au régulateur RPP’, il ajuste aux contraintes de rentabilité R et aux performances de productivité P les niveaux de profitabilité P’, les contraintes de rentabilité R provenant en bonne part du régulateur EPCE. La productivité nationale P commande l’évolution du total national des revenus. Les augmentations des autres productivités P sont répercutées par la concurrence en diminution de la profitabilité P’ de ventes des entreprises.

Adam Smith, Jean-Baptiste Say, David Ricardo et Karl Marx ont fait cas de la tendance à l'égalisation des rentabilités (taux de profit sur capital) entre les secteurs d'entreprises de même nationalité (secteurs minier, manufacturier, financier, des transports, du négoce de gros et de détail, entre autres). Aujourd'hui, cet enseignement est en déshérence. Ce n'est pas pour autant que la tendance en question n'est plus une loi économique naturelle. L'économie politique définie retient que la régulation RPP' intervient non seulement entre secteurs d'entreprises et entreprises du même secteur, mais aussi jusqu'aux niveaux demême appartenance des fournitures vendues par les entreprises ; voir chapitre 11.

La baisse asymptotique de la profitabilité nationale P’ rend l’économie de marché productrice de la maximisation du revenu total du travail sous contrainte d’un taux moyen suffisant de rentabilité R des placements. Alors cette maximisation est conjointe :

1)   au plein-emploi plus longuement qu’au sous-emploi ;

2)   aux rapprochements incessants des prix auxquels les entreprises vendent de leur niveau suffisant ;

3)   aux revenus de vrais placements en remplacement progressif des retraites par répartition qui, pour des raisons dégagées dans le chapitre 7, ont l’inconvénient incorrigible de ne pas participer à l’allongement des périodes de plein-emploi.

La très désirable victoire du capitalisme de rendement sur l’affairisme de plus-value

Mais il y a une condition générale à l’obtention de ces résultats. L’entier et prompt fonctionnement des régulateurs du générateur doit, délibérément, être préféré à la course aux plus-values. Le capitalisme de rendement, au sein duquel les coopératives ont leur place, doit, politiquement, avoir prévalu sur l’affairisme de plus-value. En d’autres termes, le capitalisme du profit suffisant et du plein-emploi doit avoir stoppé l’accélération de la course à l’enrichissement maximum des grands propriétaires, des cadres supérieurs et des politiciens de plus haut rang.

Le sous-emploi chronique peut être principalement dû à un prélèvement public (impôts + emprunts) si lourd et croissant qu'il entrave de plus en plus le fonctionnement de la relation EPCE, avec pour résultat un stock national de capital social qui n'est pas à la hauteur nécessaire au relèvement du stock d'emplois durables (capital social, au sens du droit des sociétés commerciales : les apports des sociétaires). Il est dans ce cas désolant de devoir constater que la classe politique, qui a les mains sur les leviers de la politique économique d'un tel pays, se révèle incapable d'expliquer à ses électeurs pourquoi les charges publiques (dépenses de fonctionnement, subventions, amortissement financier de l'endettement) doivent être baissées, vigoureusement et durablement : parce qu'elles sont devenues une cause principale de sous-emploi. C'est on ne peut plus logique que rentre dans la prescription d'activation des régulateurs EPCE et RPP' ce qui a été trop vite appelé « la règle d'or », à savoir le respect concomitant de deux règles de gestion des finances publiques ; voir orientation 2.