Comprendre et croire

Je vous comprends bien, mais…

L’une des histoires le plus volontiers racontées par Paul Fabra se transformerait, sous la plume d’un adroit versificateur, en une fable qui en dirait la morale mieux qu’une longue dissertation.

Un enfant encore assez jeune pour être à l’âge où l’on commence à savoir additionner entretient avec l’arithmétique la plus élémentaire un rapport qui chaque jour inquiète davantage ses parents et son maître d’école. Deux plus trois ne font cinq qu’au petit bonheur la chance, ce qui donne le plus souvent sept ou neuf ou deux ou dix.

Les parents, en accord avec le maître d’école, décident d’avoir recours à une éminente pédagogue. Au cours d’un énième cours particulier, la pédagogue perd patience. Elle explose, tapant violemment d’une main sur la table et, ô déshonneur, armant une gifle de l’autre main :

— Tu ne comprends donc rien à ce que je me tue à t’expliquer ?

— Si, si madame, je vous comprends bien, mais je ne vous crois pas...

À cela s’ajoute, de l’âge de raison jusqu’au dernier souffle de tout un chacun, le conflit perpétuel entre la conscience du devoir et les passions. Paul Fabra le rappelle en citant volontiers les paroles, devenues proverbiales, qu’Ovide fait tenir à Médée  « Video meliora proboque, deteriora sequor » (je vois ce qui est bien et je l’approuve, après quoi je m’en détourne). [1]


[1] Métamorphoses, VII, 20. Dans les penseurs de plus haute élévation qui ont fait grand cas de ce vers d’Ovide, il y a Spinoza, précise Fabra.