Fiches de la Société d’Économie Définie

Le sociétariat de la Société d’Économie Définie

Le sociétariat de la Société d’Économie Définie est ouvert aux auteurs d’avis écrits sur une partie ou la totalité soit des Préludes d’économie objective, soit directement du Précis d’économie objective.

En règle générale, le secrétariat propose à l’auteur d’un tel avis de devenir sociétaire. C’est aux conditions stipulées par les statuts et moyennant un état d’esprit en dehors duquel toute participation au recentrage objectiviste de l’économie politique de base ne peut que tourner court.

Les conditions statutaires

● Les sociétaires approuvent l’objet social (titre 1 des statuts) et connaissent ses attendus les plus importants (fiche L’objet de la société d’Économie Définie).

● Aucun autre sociétaire que le ou la secrétaire en titre n’est en cette qualité redevable d’une subvention à la société ou d’une dépense de la société.

● La correspondance envoyée par le secrétariat aux sociétaires traite des obstacles à la compréhension et à l’accréditation de l’économie définie.

● L’absence récurrente de réponse à cette correspondance met fin à la qualité de sociétaire.

● La liste des sociétaires est maintenue strictement confidentielle.

Les initiés et les profanes

Paul Fabra a publié en 1974 son Essai de réhabilitation de l’économie politique surtitré L’anticapitalisme, enquête de fond sur l’histoire moderne de la théorie économique, avec notamment apport de deux élucidations logiquement indispensables, l’une sur le travail (distinction entre travail-dépense et travail-ouvrage), l’autre sur le profit en tant que contrepartie marchande du placement en capital (introduction du taux de profit sur capital dans les termes d’échange marchand et par conséquent dans les prix élémentaires). Tant l’interprétation marxiste du capitalisme que la théorisation marginaliste de la valeur d’échange, y sont réfutées. Sur cette lancée, un ténu et têtu courant de recherches a levé d’autres obstacles conceptuels au franchissement du seuil d’une science exacte par la théorie des échanges marchands, à raison de ce qui leur est propre et avec ce que cela comporte quant aux répartitions normales de revenus et de marges.

Pour autant qu’un futur de ce genre soit prévisible, il faut craindre que l’éventualité même de ce franchissement reste longtemps, ou même à jamais, un mince courant d’air frais imperceptible sous l’édredon universitaire. Qu’on le veuille ou non, les formations sont autant de déformations ; certes elles ouvrent des perspectives et elles adaptent qui les reçoit à des intentions et à des réalisations. Mais aussi elles ferment à des possibles. Elles font perdre de la fraîcheur d’esprit, elles émoussent le sens critique. C’est désormais au point que, comme Paul Valéry l’a signalé en 1935 dans une conférence sur Le bilan de l’intelligence, « un homme compétent devient un homme qui se trompe, mais qui se trompe dans toutes les règles » (Variété III).

En économie politique aussi, il y a inévitablement des initiés et des profanes, bien que ce soit pour les uns et les autres à des degrés différents. Le passé et le présent des dogmes brassés par les initiés au marginalisme et à la finance par effet de levier montrent que dans leurs milieux on ne dispose généralement plus d’assez de fraîcheur d’esprit et de sens critique, voire de liberté de penser et de publier, pour participer à l’ouvrage de génie civil que constitue le recentrage objectiviste de la théorie économique de base, sa problématique financière incluse. Par raisons contraires, des profanes sont mieux pourvus de l’état d’esprit que requière la participation à ce chantier. Dans le périmètre de l’économie définie, il n’y a pas à se débarrasser du négationnisme économique – allusion à l’ouvrage de Pierre Cahuc et André Zylberberg Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser (Flammarion, 2016), on ne peut plus clérical et somme toute inquisitorial puisqu’il enjoint à ne tenir pour scientifique que ce qui est aujourd’hui admissible par les pairs en cléricature économique académiquement correcte.

Fraîcheur d’esprit, sens critique, désir de précision

Dans les lois économiques qui feraient sentir leurs effets beaucoup plus sensiblement si elles devenaient enseignées, l’une des plus nécessaires que dégage l’approche par l’économie définie est celle de la tendance assumée à l’égalisation des rentabilités comparables. Je ne reprendrai pas ici l’amorce de son explication et je n’évoquerai pas davantage ce qui la rend hautement nécessaire. En revanche, j’attire l’attention sur les prédispositions que sa compréhension et son accréditation nécessitent alors qu’elles sont pour l’heure de moins en moins sollicitées en affaires économiques et plus largement politiques.

La fraîcheur d’esprit et la critique de nos mœurs économiques en voie de complexifications artificieuses ne font pas le tout de ces prédispositions. De la notion de rentabilité s’extrait un concept moyennant un effort de précision analytique – avec à la clef la surprise qu’il est insensé de voir l’expression d’une durée dans un taux de rentabilité, quand il est conforme à ce concept ; c’est aux amortissements financiers et aux amortissements industriels consubstantiellement attachées des durées, et non pas à des rentabilités ramenées à ce que la logique et la concurrence exigent qu’elles aient en commun. Du concept rigoureusement défini de rentabilité découle, par avancée dans l’analyse du réel économique élémentaire, le concept de rentabilité comparable, puis la loi d’égalisation des rentabilités comparables.

Comme il faut à l’expression de la pensée l’instrument de la parole, sous une forme ou une autre, il faut à la précision analytique l’instrument de la précision terminologique. L’économie politique ne deviendra une discipline assainie que lorsque dès ses rudiments les sens dans lesquels elle utilise les mots clés de son vocabulaire seront devenus plus précis. En allant du général au particulier, cela commence avec une définition de haute précision de l’économie, afin de convenir du champ et la méthode de son étude. Cela se poursuit avec une définition de haute précision de la marchandise, faute de quoi la méthode n’est pas appliquée. Puis viennent les définitions de haute précision de l’entreprise, de la comptabilité économique, du capital, du profit, avant d’en venir notamment à celles du salaire et de l’intérêt ; tout en posant chemin faisant les distinctions elles aussi de haute précision entre rentabilité, productivité et profitabilité, en des termes tels qu’apparaît au grand jour le déni de réalités qui consiste à minimiser la portée de règle de trois qui les lie, quoi qu’il arrive. [1] Cet échantillon suffit à rendre certain qu’il y a, dans l’état d’esprit en dehors duquel toute participation au recentrage objectiviste de l’économie politique de base ne peut que tourner court, la prédisposition à des rigueurs intellectuelles que leur évitement incite à réputer rebutantes.

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[1] La sous-exploitation en théorisation de la répartition des revenus et des prix auxquels les entreprises vendent est une conséquence de l’usage biaisé du calcul différentiel en analyse économique de base. Ce biais a permis de contourner des distinctions objectives afin de trouver ailleurs que dans des réalités certaines ce qui est propre aux échanges marchands. « Ne préjugeons pas que ce propre n’existe pas, voyons d’abord à quoi on aboutit sans aller chercher ailleurs », cette option est de bon aloi scientifique. En l’adoptant, il devient possible de démontrer le cas échéant que des problèmes spécifiques aux échanges marchands restent sans vraie solution. De démontrer et non pas de postuler qu’une catégorie de procédés mathématiques appliquée à d’autres préjugés vont révéler des solutions autrement introuvables (avec au premier rang de ces autres préjugés, celui d’un déterminant commun à toutes les valeurs d’échange marchand et celui de l’aliénation des entreprises au but du maximum de profit et de plus-value – dès le chant d’entrée la messe est dite !). Dans ce qui ne peut être qu’imaginaire se trouve à coup sûr de la science bonne à tout faire.