Fiches de la Société d’Économie Définie

Les attendus du but
de la Société d’Économie Définie

Le but de la Société d’Économie Définie (SED) est de promouvoir l’économie politique articulée au moyen de définitions recevables en logique des ensembles finis. Les professionnels de la théorie économique qui résistent à l’usage de ce moyen restent de loin les plus nombreux. Apprendre ce que deviennent la science et la politique économiques lorsqu’elles passent outre à cette résistance n’en est pas moins à la portée de beaucoup de gens.  

Je vais passer ici en revue les attendus les plus importants du but qui vient d’être dit. Chemin faisant, je me réserve de changer peu ou prou l’ordre ou la rédaction de ces notes. [1] Ce sera avant tout afin de les rendre plus compréhensibles non seulement par les personnes qui connaissent vaguement les arcanes de la théorie économique et de ses applications, mais aussi par celles qui croient n’en rien savoir. Alors que tout un chacun vit de nos jours dans un flux croissant de changements en grande part d’origine économique, avec désormais en perspective de plus en prégnante rien de moins que la Terre rendue prématurément inhabitable, personne n’est de trop pour comprendre comment l’économie peut être profondément assainie.

L’économie politique, ses niveaux, son importance

Aux lecteurs qui n’ont pas encore d’opinion sur ce qu’il est le plus clair et utile d’appeler « économie politique », je propose l’acception que voici : ensemble de propositions de science économique et d’orientations de politique économique. Bien évidemment, il est souhaitable qu’un tel ensemble soit cohérent et conforme à ce que le réel et le réalisable autorisent. Tout aussi évidemment, il y a en économie politique ainsi entendue une base et des approfondissements. C’est pourquoi il reste clair, utile et cohérent d’appeler « économie politique de base » un ensemble de propositions premières de science économique et d’orientations majeures de politique économique.

Dans cette acception, l’économie politique de base concerne tous les citoyens. C’est au point qu’il y a trop de non-dits dans une éducation civique qui ne se réfère pas explicitement à une économie politique de base, comme il y en a également trop dans un parti politique, une centrale syndicale et d’autres institutions dont la doctrine économique et plus largement sociale ne prend pas formellement appui sur une telle référence. Moins de publications et de débats contradictoires sur les économies politiques de base appauvrit l’opinion publique. Il y a là un attendu de grande importance du but de la Société d’Économie Définie.

Notion et concept, départ de l’autre voie, finitude

Les acceptions que je viens d’indiquer ne précisent pas dans quel sens elles utilisent l’adjectif « économique » et le substantif « économie ». Jusqu’à présent et de plus en plus complaisamment il faut le craindre, ces mots renvoient à des notions, à savoir des idées imprécises, et non à des concepts, à savoir des idées précises. Pour diagnostic de l’état général du segment de vocabulaire où les mots « économie » et « économique » sont le plus intensivement employés, notons ce qu’il en est des substantifs « capital », « productivité », « profit », « revenu », « rentabilité ». Hors du périmètre de l’économie strictement définie, sans complément ils restent tous des notions dans le lexique standard des formations à l’économie et à la gestion. Avec un complément, ils ne participent à la désignation d’un concept que si le sens du vocable ainsi formé n’est plus du tout équivoque. Fort souvent, voire de plus en plus souvent, ce n’est qu’apparemment le cas.

Le quadrillage de la science et de la politique économiques par des définitions recevables en logique des ensembles finis ouvre une autre voie. C’est par construction que les définitions de cette sorte sont des concepts, souvent extraits de notions, toujours produits à force de distinctions. L’histoire des mathématiques élémentaires, de la physique et de la chimie elles aussi élémentaires, regorge de fabrications de concepts à partir de notions. La pensée qui en tient peu compte a, elle, des histoires qu’elle veut continuer à se raconter bien qu’elles ne tiennent pas debout.

Cela observé, il apparaît que la ligne de départ de l’autre voie se trouve au cœur de nos affaires d’argent. Là, il y a de fait la pratique des échanges de marchandise (un service ou un bien) contre ou une créance (une quantité de monnaie légale en est une) ou une autre marchandise (troc). Autrement dit, il y a les échanges marchands. Ils sont un solide point de départ. L’inventaire complet des propriétés spécifiques aux marchandises constitue une définition recevable en logique des ensembles finis. La marchandise primordiale est le service du travail-ouvrage échangé contre sa rémunération à l’individu qui l’a fourni. Les échanges marchands sont un sous-ensemble fini de l’ensemble non fini des échanges sociaux. Cette finitude est entretenue par le fait que la marchandise n’est au final échangée que contre de la marchandise.

L’économique réduit aux seuls échanges marchands n’existe pas

Il n’est pas fatal que les mots « économie » et « économique » continuent à ne désigner que des notions – dont celle de grande importance que véhicule aussi l’adjectif « économe ». Par des définitions recevables en logique des ensembles finis de de la marchandise et de ses sous-ensembles, l’expression « échange marchand » désigne elle-même un concept utilisable afin que les mots « économie » et « économique » deviennent eux aussi utilisables en science et politique économiques pour nommer un concept.

N’omettons cependant pas de prendre acte dès le départ que les échanges marchands et les transferts de termes de ces échanges sont congénitalement associés. Les observations qui l’attestent sont nombreuses et sans démenti. Dans ce qui est stockable, les biens qui ont une valeur vénale et l’argent sont des termes d’échange marchand. Les finances publiques et d’autres institutions gèrent de gros volumes de transferts de terme d’échange marchand, dispensés par des subventions après avoir été prélevés par des impôts et d’autres cotisations, tout en étant éventuellement cofinancées par des emprunts. Les familles pratiquent leurs propres transferts de termes d’échange marchand entre leurs membres et à destination d’autres individus ainsi que d’associations privées non commerciales. De leur côté, les entreprises participent de plusieurs façons à des transferts de termes d’échange marchand.

L’économique réduit aux seuls échanges marchands n’existe pas. Alors que les transferts de termes d’échange marchand ne sont possibles que si des échanges de cette sorte sont pratiqués, ces transferts alimentent eux-mêmes le circuit des échanges de cette même sorte.

L’objet de l’économie politique définie

Bien évidemment, la pratique conjointe des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges baigne, pour ainsi dire, dans les mêmes eaux que la condition humaine. Elle n’en comporte pas moins des réalités qui lui sont propres, avec notamment le recours à des valeurs d’échange marchand. Là où ces réalités se prêtent à l’application de la logique des ensembles finis sans faire passer pour précis du flou, et vrai du faux ou de l’incertain, cette méthode est un instrument de rigueur conceptuelle sans laquelle le plus possible d’objectivité reste inatteignable. L’économie politique est d’emblée tournée vers ce plus possible lorsqu’on convient que son objet est ce qui n’appartient qu’à la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges.

Dans cet objet de grande importance sociale, il y a notamment : les prix, quand ce mot ne désigne que les valeurs d’échange marchand ; les entreprises, quand ce mot ne désigne qu’une seule sorte d’organe à des fins marchandes ; les revenus, quand ce mot ne désigne que deux sortes de gains, l’un du travail et l’autre de placements ; la répartition du revenu global nation par nation ; la répartition du revenu total du travail également nation par nation ; les répartitions de marges qu’effectuent les prix auxquels les entreprises vendent ; les financements dont en premier lieu ceux des entreprises d’une part et ceux des dépenses publiques d’autre part.

L’étude et l’exploitation de l’objet propre de l’économie politique définie ont pour moyens du vocabulaire précis et pour ambition d’expliquer et d’assumer les partages que les échanges marchands entretiennent… d’autant moins justement que leur conception prévalente est injuste.

● Introduction ● Propositions premières ● Orientations majeures


[1] La dernière date de parution sera celle de l’annonce la plus récente qui y renvoie sur le site lecodemain.net. Les adresses des intertitres – lecodemain.net/fiches/01.html#<ancre> – resteront toutefois inchangées.