Politique économique
Orientations majeures

Conclusion des trois parties

Les pionniers du plein échange

La liberté d’offrir régulée par la liberté de choisir est une règle fondamentale de vie en société. C’est elle qui en démocratie régit la dévolution du pouvoir politique. C’est elle également qui dispensera la plénitude de ses bienfaits économiques lorsque quatre conditions principales seront remplies :

● La levée des entraves à l’exercice de la rétroaction EPCE (chapitre 7) aura pour effet que le plein-emploi résultera de nouvelles et incessantes mises en capital qui au mieux réduiront, ou au pire maintiendront, la proportion de crédit dans le financement des entreprises.

● La maximisation du revenu total du travail par la relation RPP’ (chapitre 8) aura remplacé dans la mentalité dominante la prétendue fatalité de la maximisation des profits et des plus-values.

● La répartition du revenu total du travail par la subjectivité collective (chapitre 9) réglera l’évolution des écarts de salaires en reconnaissant enfin ouvertement que les plus hautes rémunérations du travail réduisent celles qui leur sont inférieures, quoi qu’on y fasse.

● La concurrence, une fois centrée sur la comparabilité sans calculs, réduira mieux les inégalités de rentabilités de même appartenance (chapitre 11), rapprochant davantage de prix de vente d’une somme objective de coûts parmi lesquels se trouve celui de la rémunération du placement en capital.

Rendre plus souvent équitable l’échange final, entre les entreprises et leurs clients, passe par l’instauration du plein échange salarial et du plein échange actionnarial. Contribuer à rendre plus nombreux les échanges économiques non confiscatoires est une raison suffisante pour se faire pionnier du plein échange. Mais une grande bonne nouvelle politique est aussi à prendre en considération : ce régime est par construction le mieux à même de procurer au corps social son entière maîtrise du plein-emploi et de l’évolution des inégalités de revenus ainsi que de patrimoines.

L’indispensable révision générale

Ce qui vaut pour la guerre et les militaires selon Clemenceau vaut par la même fatalité institutionnelle pour l’économie et les économistes, comme pour la politique et les politiques. Malgré les résistances de groupes de pression et d’autres appareils, la liberté d’offrir régulée par la liberté de choisir peut en affaires économiques devenir nettement mieux pratiquée. Mais il y a un préalable, indispensable tant qu’il ne sera pas devenu très courant d’enseigner qu’en économie aussi la science est avant tout une langue bien faite : la révision, générale et d’un œil neuf, de la théorie des échanges et des transferts qui se réalisent à l’aide d’une unité de compte – d’une unité monétaire qui a un cours légal (son pouvoir libératoire est ici et maintenant incontestable en justice). En dépit de ce qui nous effraye et nous étourdit, osons espérer. À condition qu’en idées économiques de base le goût de la fraîcheur et de la rigueur nous revienne, notre art de faire société deviendra un bien meilleur pourvoyeur de qualité de vie et sera plus sûrement dissipateur d’obscurantismes. Toutefois pour en arriver à ce progrès, nous devons en passer par l’économie de plein échange, faute de quoi les mêmes causes continueront à produire les mêmes effets.

Ne nous attendons pas à ce que les paradigmes de l’économie définie et de la meilleure politique économique fassent grimper aux arbres, et moins encore descendre dans la rue. La relance incessante d’abord par l’abondance de placements directs en financement permanent d’entreprises (capital) se peut et se doit. La domination du capitalisme de plus-value par le capitalisme de rendement se peut et se doit, ne serait-ce que parce que toutes les entreprises, coopératives et mutuelles comprises, sont potentiellement pourvoyeuses d’un rendement convenable du placement en capital alors que la plus-value n’accroît qu’en trompe l’œil la richesse des nations. Pour autant, la conviction de qu’est le point numéro un de la meilleure politique économique s’acquiert d’autant moins par un coup de baguette magique que nos cerveaux sont gris d’avoir trop lus et nos oreilles trop bourdonnantes de propagandes. Plus ou moins d’un pays à l’autre, la mise en œuvre du point numéro un se heurte aux mentalités entrepreneuriales prédominantes, aux dispositions fiscales qui nuisent à son efficacité, au tropisme du financement des entreprises davantage par du crédit que par du capital, au manque d’indépendance des pouvoirs publics vis-à-vis des investisseurs institutionnels (entre autres), etc.

Que les politiciens de haut rang estiment qu’ils n’ont pas à soutenir que leur conception de l’économie est la plus saine qui soit n’a rien de conforme à leur raison d’être. Ils se sont portés volontaires pour prendre part à la direction générale des affaires publiques. Or, quoi qu’on en dise, l’organisation publique restera celle qui a de loin le plus de pouvoirs sur l’évolution de la situation économique de la nation. Si ses chefs et ceux des groupes parlementaires n’ont pas une vision du fonctionnement le mieux réglé de tous les rouages principaux de la dynamique économique, ils ne sont pas à la hauteur des responsabilités qu’ils assument. Ils ne s’y mettent qu’en se rendant capables d’être précis et justes au sujet des revenus et des transferts ; du travail, de la marchandise et de la monnaie ; de charges et d’investissements ; d’entreprises de toute forme juridique ; de capital et de profit ; d’emploi et de relance ; de placements et de plus-values ; de répartition du revenu global ; des salaires et de leurs inégalités ; de crédit et d’intérêt ; des retraites et d’autres sécurités ; des impôts et des dépenses publiques ; des prix auxquels les entreprises vendent. Les considérations de base qui charpentent l’essentiel de la conception la plus impartiale de l’économie sont certes plus nombreuses que les doigts des deux mains. Mais toutes sont à la portée de la plupart des électeurs. À la souveraineté populaire, on peut prédire à coup sûr que ses grands élus ne deviendront précis et clairs, sur les sujets qui viennent d’être dits, que si les électeurs eux-mêmes se font de plus en plus nombreux à nettoyer à grande eau leur vision du fonctionnement le mieux réglé des rouages objectifs de la dynamique économique.

Le basculement dans un nouveau modèle d’économie de marché n’est que réalisable. Mais, entre nous soit dit cher lecteur, où sont en vérité les raisons non corporatistes de faire comme si ce réalisable était négligeable ? Les intempéries en cours et en perspective ne sont-elles pas encore assez inquiétantes ? Prenons du recul. Avec des doses croissantes d’impôts et de subventions, c’est l’étatisation qui prospère et non la démocratisation. Par la tolérance à toujours plus d’évanescence conceptuelle, c’est toujours plus de confusion mentale qui en analyse économique sape le progrès de la rationalité, sans pouvoir tirer du data mining et de poudres de perlimpinpin algorithmique l’antidote de l’empoisonnement par addiction à des notions générales dont la pertinence finit par ne plus être assez mise en doute pour éviter que le sens commun perde de vue les instruments pacifiques les plus efficaces de désintégration ou de cantonnement des appareils corporatistes.

L’offre académique

Le contexte de la pratique des échanges et des transferts économiques abonde en dangers désormais monstrueux. Alors qu’il est indispensable que ce qui est propre à cette pratique et à elle seule devienne mieux compris dans tous les milieux, un premier précis d’économie objective ne peut être qu’un emplâtre sur une jambe de bois.

De toute évidence, la recherche en science économique a deux devoirs. 1) Ce qui constitue le corpus de base sur lequel elle prend appui pour pousser plus avant ses contributions doit rester ouvert à ses vérifications logiques et expérimentales, avec en retour de la consolidation ou de la reconstruction de ce corpus. 2) Les problèmes auxquels ce dernier ne fournit qu’un début de solution doivent faire l’objet d’études pluridisciplinaires débouchant sur des préconisations de traitements qui font appel à des techniques dont seulement quelques-unes sont à proprement parler économiques.

Cet « à proprement parler » procède de la définition, recevable en logique des ensembles finis, de l’objet qui est tout à fait propre à l’économie. C’est une parade à la tentation à laquelle la doxa savante a trop cédé en cette matière : mal étreindre la part de réalité qu’il lui revient de clarifier à force de se laisser aller à trop embrasser. S’attendre à ce que l’économie définie rende la science économique moins utile est à l’envers de ce qu’il adviendra assez vite là où des formateurs et des chercheurs adopteront cette limitation, en accord avec les autorités académiques et administratives dont ils dépendent.

La rigueur conceptuelle

Les bases conceptuelles de l’économie objective conduisent au discernement de la meilleure politique économique – la meilleure… ô scandale ! Les évènements n’imposent cependant jamais son observance aux peuples et à leurs gouvernements. Les expériences, quand elles se déroulent hors d’un protocole scientifique préétabli et de bout en bout explicite, ne dictent en définitive ni réfutations durables ni corrections systémiques.

Les pratiques économiques et leurs théorisations subjectivistes, de ce dernier fait sans limites assignables, se déploient hors d’un tel protocole. Le pire n’y est jamais conjuré tandis que le meilleur du point de vue de l’observateur impartial reste toujours conceptuellement atteignable dans le périmètre de l’économie strictement définie.

Lourde est la responsabilité des savants, des politiques et des syndicalistes dont les propos sont les plus repris. Leurs aspirations au meilleur économique autrement que par davantage de rigueur conceptuelle et d’indépendance de jugement exposent au pire, parfois par pure inadvertance, parfois par intention maligne (conforter l’idée que les fondamentaux du système sont décidément malsains et irréformables). L’opinion publique est lucide lorsque sa perception de tels manques la pousse à douter de la compétence de ses élites tant économiques que politiques. Mais aussi cette même opinion se nuit quand elle se laisse aller à refuser la rigueur conceptuelle qui donne accès à l’objectivité économique, préférant se repaître de propagandes politiques et commerciales afin de refouler sa prise de conscience que de telles désinvoltures l’empêchent de réduire les antagonismes qui la divisent.

Répandre l’impératif de la rigueur conceptuelle en économie politique de base vise à rendre la prospérité matérielle plus sûre et mieux répartie. Il n’y a cependant pas besoin d’être grand clerc pour pressentir d’autres retombées. Je n’en évoquerai ici que quelques-unes. Qu’adviendra-t-il si, grâce à un sursaut de rigueur conceptuelle, la densité en vérités élémentaires de l’économie politique commune devient nettement plus élevée qu’aujourd’hui ? L’arbitraire de bien des rapports sociaux reculera. Le soin des ressources naturelles de toute sorte sera plus efficace. La production artistique se délivrera du carcan de la modernité pour la modernité.