Annonce du 17 février 2018   Table des brèves d'économie politique

L’astreinte de l’économie politique à la rigueur conceptuelle

Dès l’école primaie et secondaire comme dans beaucoup de familles, la transmission de la rigueur conceptuelle en économie va bon train, devrait-on pouvoir constater. Les indices du contraire pullulent dans notre culture générale, doit-on hélas constater.

L’un de ces indices est le sens qui tend à être attribué à l’appellation « économie politique ». Voir par exemple ce qu’en dit Thomas Piketty en conclusion de son très acheté Capital au vingt-et-unième siècle (Seuil, 2013). Soyons au moins conscients qu’il s’agit d’une déconstruction par de la science en trompe l’œil. Des préceptes de théorie économique d’où découlent des principes de politique économique, c’est cela qu’a été l’économie politique, fort explicitement à partir de la seconde moitié du dix-septième siècle et jusque dans les dernières décennies du vingtième. Et c’est cela dont nous avons encore besoin pour nous adonner en meilleure connaissance de cause à l’art de faire société au moins mal.

Ce besoin est d’abord celui d’une économie politique de base, à savoir celle dont les préceptes d’analyse économique qui l’établissent et les principes de politique économique qui en découlent sont assimilables par le plus grand nombre d’électrices et d’électeurs. Voyons que des couperets tombent au nom de la rentabilité et de la productivité, pour n’évoquer que ces deux grands mots du vocabulaire économique. On peut penser que ces instruments sont devenus mieux affûtés. Mais cela ne se peut qu’à force de rigueur conceptuelle alors qu’il est plutôt bien porté de faire comme si elle ne pouvait que rester hors de portée de la plupart des citoyens. Ce qui n’a jamais été démontré et ne le sera jamais !


Distribuée par Hachette Livre et titrée Précis d’économie objective, l'édition brochée de la contribution de Dominique Michaut à la réorientation de l’économie politique est achetable dans de nombreuses librairies, dont celles par internet d’Amazon, de Bookelis et de la Fnac.


Léon Walras lu par Paul Valéry

L’insuffisance de l’analyse primitive des faits joue en ce domaine un rôle capital. Elle a été signalée par un jeune homme qui allait devenir une haute stature de la pensée et la littérature françaises. On dira que l’émetteur de ce signalement était un amateur jugeant de la production du projeteur de la magna carta de la révolution marginaliste, ainsi que l’historien de la pensée économique Mark Blaug l’a situé. La mentalité de l’amateur fut beaucoup plus éprise de rigueur conceptuelle que celui du projeteur (avec une référence bibliographique supplémentaire, devenue souvent plus commode à utiliser).

La parabole des neuf points

L’un des drames dans lesquels nous nous débattons est que le marginalisme fondateur de l’économie politique néoclassique ne rompt pas avec l’ancestrale erreur de la réponse posée d’entrée de jeu à la question : d’où vient la cherté ? D’une à deux générations avant celle de Léon Walras, selon la manière d’historiciser ces évènements intellectuels qui ont beaucoup infléchi le cours de l’histoire, Karl Marx a produit sa réponse, l’exploitation de l’homme par l’homme, et il a légué sa solution impossible à mettre en œuvre : de chacun ses capacités, à chacun selon ses besoins. Dans ce que les générations aux manettes sont en train de transmettre aux suivantes, ne tenons pas pour exclues la persistance de méprises de même magnitude.

Prenons donc un carré de papier. Autour de son centre, traçons neuf points équidistants. Cherchons à joindre ces neuf points par quatre segments de droite, tels qu’ils puissent être parcourus sans perdre le contact avec le papier. Il y a une solution, qui se trouve vite quand on sait qu’elle consiste à ne pas se laisser enfermer mentalement par le carré dans lequel les neuf points sont inscrits. Autant de rigueur conceptuelle et d’objectivité que possible en économie politique ne s’obtient qu’en sortant du carré où elles ne se trouvent pas.