Brèves d'économie politique

Le mieux vu sur la marchandise et le travail bouscule

Eu égard à ce qu’a été le cours général de l’enseignement et de la recherche économiques depuis deux siècles et demi, qu’une théorie de la marchandise puisse ouvrir la voie à davantage d’impartialité a de quoi surprendre, et bousculer d’abord par les mises au point sur le travail qui fondent cette théorie.

Dès les premiers éléments de théorie de la marchandise référencés à la fin du présent article se trouve la remarque qu’à chaque instant les services et des biens commerçables sont autant de marchandises. Le vocabulaire de cette constatation est plus précis que celui de l’antienne selon laquelle les biens et les services commercés sont des produits ou des productions, et pour certains d’entre eux des facteurs de production. En fait, tous les éléments de cette collection mouvante ont en commun d’avoir des propriétés qui n’appartiennent qu’aux marchandises, lesquelles sont des objets propres à l’économie ramenée au périmètre que lui assigne la logique des ensembles finis.

Les théorisations économiques de nos jours les plus enseignées tournent le dos à cette focalisation. Les ambitions de leurs fondateurs et de leurs continuateurs sont orientées vers l’ingénierie sociale, le terre-à-terre des affaires d’économat n’étant dans leurs visions que des nécessités subalternes.

Bien sûr qu’il faut se demander si la focalisation de l’économie définie est trop étroite pour pouvoir être hautement utile. Mais il y a une certitude à ne jamais quitter des yeux par quiconque attache un tant soit peu d’importance aux idées économiques ou prétendues telles qui participent à la configuration de nos destins. L’aptitude de la théorie économique à franchir le seuil d’une science exacte se joue dans ses commencements logiques. Si, par des mots clés employés dans un sens trop vague ou trop chargés d’affects, ces commencements font l’impasse sur des distinctions et des relations que les faits établissent, nous construisons notre conception de l’économie sur trop de dénis de réalité et de raisonnements fallacieux. Alors nous nous préparons mal à extraire de notions qui nous sont ou nous semblent familières des concepts qui résistent aux dévoiements que nos sentiments nous susurrent.


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Vues initiales à recadrer sur les services et le travail

L’expression « biens et services », fréquemment employée dans des propos économiques, confesse l’atavisme d’une primauté accordée aux biens. De fait, les biens possèdent des caractéristiques dont les services sont dépourvus. Ils sont stockables et transmissibles, d’où l’assimilation spontanée de la richesse économique à la possession de biens qui ont une valeur vénale (du latin venum « vente »). Cela étant, la marchandise primaire est un service : celui du travail échangé par des individus contre des salaires. De plus, les autres marchandises élémentaires sont des services : ceux des placements d’épargne. Dans le contexte de considérations économiques, l’expression « services et biens » rend mieux compte de cette réalité. Et elle rend un insigne… service ! Une économie n’est pas en passe de devenir plus virtuelle au fur et à mesure que la commercialisation de prestations de services non assorties de la fourniture de biens y prend davantage de place. N’excluons donc pas que l’expression « services et biens » plutôt que celle de « biens et services » soit l’un de ces réglages de dénomination nécessaires à l’exactitude de la magna carta de l’économie politique post néoclassique.

C’est cohérent avec l’avancée sur le travail qui peut et doit devenir un acquis de l’objectivité économique et de l’impartialité publique. En un minimum de mots, voici de quoi il s’agit. Observer que toute marchandise est le produit d’une dépense d’énergie humaine se prête à une mise au point d’où il ressort que Marx a déformé la réalité pour établir qu’en économie de marché « la force de travail » est systémiquement en proie à sa spoliation. Le mot « travail », on n’a pas fini d’avoir à le répéter, désigne ou bien une dépense d’énergie, ou bien le produit d’une telle dépense, ou bien un emploi. C’est sur la distinction entre le travail-dépense et le travail-résultat, respectivement première et deuxième de ces trois significations, que toute théorisation de l’économie ne doit plus faire l’impasse. Là est en effet le plus grand risque de confusion dès que se pose la question du quoi un salaire est un prix – autrement énoncée la question cruciale des termes de l’échange salarial, Marx a eu raison de la juger capitale. Y compris quand par habitude on en parle comme étant la force de travail, le travail en tant que dépense d’énergie humaine a la double propriété d’être un moyen indispensable aux échanges et transferts économiques .

Pour illustrer le fait qu’il y a bien là deux réalités, certes liées mais néanmoins distinctes, j’utilise l’exemple d’une pièce montée commandée à un pâtissier. Comme tout cas par cas d’échanges marchands, ce genre d’exemple ne suffit pas du tout à expliquer ce qui détermine le niveau du salaire moyen pays par pays et ce qu’opère l’évolution des écarts de salaire par catégories socio-professionnelles. Nous avons affaire sur ces questions à des prix qui participent manifestement à l’étalonnage d’autres valeurs d’échange marchand. Dans l’enquête les concernant, la théorie de la marchandise n’est qu’une préparation afin de chercher, et trouver s’il existe, l’ordre dans lequel le système des échanges marchands organise sa prise en compte de contraintes à première vue souvent antinomiques. L’économie politique définie n’est pas une réduction téléguidée par un parti pris subjectif.

Premiers éléments de théorie de la marchandise

• Marchandises plutôt que produits (généralités) • Toute marchandise est le produit d'une dépense d'énergie humaine. • Le travail en tant que dépense d'énergie humaine n'est pas une marchandise. • La marchandise primaire est le travail en tant que produit d'une dépense d'énergie humaine.

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