Brèves d'économie politique

Les trois axiomes de l’exactitude
en science économique

Comme la vie est soumise à des lois naturelles autorisant l’élaboration de sciences exactes, les pratiques économiques se prêtent à l’articulation d’une science exacte par l’application de trois axiomes.

N’excluons surtout pas pour cette science que son exactitude réduise son champ. Au regard de sa possibilité que les trois axiomes ci-dessous rendent plausible, une considération pragmatique s’impose : là où l’économique strictement défini est trop court par rapport à ce qu’il importe le plus de connaître de façon sûre s’ouvre la recherche de certitudes par des investigations pluridisciplinaires. Mais ces dernières n’évitent des erreurs initiales qu’en partant le plus possible de sciences exactes, dont celles qu’exploitent les ingénieurs attelés à la viabilisation d’innovations.

Axiome 1 – La pensée économique doit utiliser des définitions recevables en mathématique des ensembles finis. C’est l‘une de ces vérités premières au moyen desquelles une conception rationnelle devient articulable tout en s’assurant de la conformité aux fait élémentaires au fur et à mesure de l’avancement du montage. Si l’habitude s’est prise de parler plus volontiers des mathématiques que la mathématique, c’est parce que cette dernière comporte plusieurs branches dont un bachelier connaît au moins l’existence de celles qui l’ont de prime abord le plus séduit ou rebuté : l’arithmétique, la géométrie, l’algèbre, l’analyse, la théorie des ensembles. L’économiste qui se pense accompli, ou même seulement un peu plus compétent que les profanes en matière de politique économique parce qu’il a été formé à une approche hautement mathématisée de sa discipline se raconte une histoire logiquement abracadabrante dans le cas suivant : en surplomb de cette approche il ne lui a pas été répété que la pensée économique doit utiliser des définitions recevables en mathématique des ensembles finis. Cette condition n’est pas suffisante pour que le socle d’une telle pensée soit assurément scientifique, mais c’est indispensable.

Axiome 2L’économie définie existe, bien que la famille soit l’un des lieux où se colportent en premier les affects dont sont historiquement chargés les mots les plus courants du vocabulaire économique. Surtout conforté par des propos et comportements des enseignants du primaire puis du secondaire, le sentiment dominant transmis par l’adjectif « marchand » et son satellite « commercial » constitue encore souvent un obstacle à son emploi placide en analyse économique. Cet emploi se révèle pourtant indispensable pour prendre acte du fait que constituent un sous-ensemble fini des échanges sociaux ceux de services et de biens en contrepartie ou bien d’une quantité de monnaie exprimant leur valeur justement dite d’échange (pour distinction d’avec leur valeur d’usage) ou bien d’une autre marchandise dans le cas d’un troc (lequel n’exclut jamais une évaluation monétaire). Ces derniers échanges ne tendent à envahir toute la vie sociale que si leur théorie passe outre à cette finitude en prenant le risque d’ouvrir la boîte de Pandore de la marchandisation de tout et n’importe quoi. Nous poussons à cette désastreuse imprudence lorsque nous considérons que tout ce qui a une valeur d’usage, ou utilité, possède potentiellement une valeur d’échange marchand. Nous y poussons encore plus en postulant l’existence d’un unique déterminant principal à n’importe quelle valeur d’échange marchand, comme en croyant la suprématie de rapports de force inhérente aux échanges marchands. [1] Le moyen de contrarier ces propensions n’en reste pas moins à la portée de ceux qui veulent en user : l’économie définie, au sens de ce qu’est une définition satisfaisant le premier axiome.


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Où l’économique ressemble à une métropole

Comme les notions et parfois les concepts que désignent des mots et des expressions, les axiomes reposent eux aussi sur des conventions. Convenir de ne dire « marchand » ou « économique » que l’échange d’un service ou d’un bien contre soit une quantité de monnaie soit un autre bien ou service est une convention axiomatique. Cette convention, une fois complétée par l’axiome 3 sur les transferts (paragraphe suivant), rend l’économique semblable à une métropole avec autour de son centre ses banlieues plus étendues que le centre. L’économique central, c’est le noyau de la science économique exacte. L’économique périphérique, c’est la multitude d’informations et de sensations qui ont pour centre de gravité le noyau. Ce dernier étant dans les faits constitué par l’économie définie, moins il y a de ralliements délibérés à sa conceptualisation stricte, plus il y a de forces centripètes qui poussent l’économie politique vers un capharnaüm où tout et son contraire, y compris de bout en bout biaisé, tendent à devenir académiquement honorables.

Axiome 3 – Un troisième axiome fondateur de la science qui prend pour objet l’économique central réside dans la distinction initiale entre l’échange marchand et le transfert d’un terme d’échange marchand. La notion de transfert étant polysémique, un concept économique ne peut en être extrait qu’en mettant les points sur les i. Un transfert économique est un don, volontaire ou forcé, d’une quantité de monnaie ou d’une propriété ou d’une prestation de service ayant une valeur d’échange marchand. Les lunettes déformantes portées par certains observateurs leur fait voir dans l’économique central que des échanges ad valorem. Cela leur permet de repousser dans l’économique périphérique l’existence indéniable de transferts au sens précis qui vient d’être dit. Ils ne veulent pas que la distinction entre échange marchand et transfert d’un terme d’échange éponyme structurent leur étude de l’économique central... bien qu’au quotidien et en politique économique les transferts par voie fiscale ne présentent rien de périphérique. Ces observateurs se sont vraisemblablement laissés refourguer l’axiome prométhéen selon lequel il est réaliste de faire entrer dans le champ de l’économique strictement dit le plus possible de la palette des productions et des consommations humaines, ainsi que toutes les ressources naturelles. Ce faisant et tout en se donnant l’impression de monter vers plus d’intelligence, ils poussent à la marchandisation et à la fiscalisation au-delà du raisonnable et, avec lui, par-dessus ce qui est à coup sûr le plus convivial.

Plus à ce propos

• La pensée économique doit utiliser des définitions recevables en mathématique des ensembles finis. • Disons « marchand », ou « économique », un échange d’un service ou d’un bien contre soit une quantité de monnaie soit un bien ou un service. • Tout don, volontaire ou forcé, d'une quantité de monnaie ou d'une autre propriété ou prestation de service ayant une valeur marchande, est un transfert d'un terme d'échange marchand. • L'économie définie a pour objet ce qui est spécifique aux échanges marchands et aux transferts de termes de ces échanges.

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[1] Membre du collectif Les Économistes Atterrés, le professeur Thomas Porcher (Panthéon-Sorbonne, entre autres) milite pour cette suprématie : voir son Traité d’économie hérétique (Fayard, 2017).