Compte-rendu de lecture par François Constant
des Préludes d'économie objective

Oups, cet essai de vulgarisation de ce que devrait être une « économie objective » est passé largement au-dessus de mes compétences en matière de sciences économiques. Néanmoins, je suis heureux d'avoir ouvert et lu ce livre de DominiqueMichaut, dans la mesure où il aide à prendre conscience de trois éléments importants pour qu'advienne une économie de l'équité, vœux que, comme d'autres, je ne peux que partager. Puisse mon humble billet y contribuer !

L'auteur, d'entrée de jeux, insiste sur la nécessité de définir, objectivement, les concepts utilisés par les économistes, les conseillers en placements, les gestionnaires de tout poil et, surtout, les décideurs politiques, responsables de la gestion de la chose publique. Sans définitions concrètes, circonscrites, enseignées en matières économiques et financières et labellisées par une pratique commune, bien des débats, des affirmations péremptoires et de justifications des politiques de tous bords ne sont, in fine, que débit de croyances et mensonges, par intérêt ou omission.

L'exemple du revenu de solidarité active (RSA) peut, de prime abord, paraître choquant. Néanmoins, il a le mérite d'illustrer le manque de définition des termes utilisés par les uns et les autres. Le RSA n'est pas un revenu, c'est une allocation de solidarité. Les gens qui produisent un travail peuvent prétendre obtenir, en échange, un revenu de ce travail comme d'autres (parfois les mêmes) peuvent espérer un revenu des placements qu'ils font avec leur avoir. Le terme « revenu » ne sert plus à désigner ce dont il s’agit avec deux acceptions aussi différentes.

A contrario, pourquoi utiliser le terme d'investissement quand l'entreprenariat prévoit un budget pour augmenter la capacité de l'entreprise et parler de charge publique lorsque l'État prévoit des dépenses en matière de sécurité sociale ? On l'avouera, la prévision budgétaire qui s'appelle « investissement » à une autre connotation que sa jumelle « charge sociale » !

À force de ne pas clairement définir les concepts utilisés, les tenants d'un ultralibéralisme nous matraquent avec l'idée qu'il faut diminuer les dépenses publiques pour revenir à une dette publique acceptable, alors que les entreprises privées sont magnifiées pour leurs investissements, résultats d'un endettement très nettement supérieur à la dette publique. La raison du plus fort serait-elle la meilleure ? Haro sur le baudet !

Donc, nécessité d'établir des définitions objectives, opératoires et de recentrer l'économie sur ce qu'elle est et non sur les intérêts qu'elle prétend défendre.

Le deuxième élément qui transpire nettement de ce livre est le charlatanisme éthique qu'il faut combattre chez tous ceux qui mettent en vitrine des grands principes éthiques, des chartes de bonne gouvernance, des déclarations sur l'honneur de probité et de complet service à leur clientèle, alors qu'ils mentent par omission quant aux possibles à réaliser pour que le lambda, propriétaire de quelques biens, puisse les faire fructifier avec un retour éthique pour tous les partenaires. Les banques, les entreprises, les politiques ne vous serviront comme possibles que les manœuvres qui servent leurs profits et non pas vos intérêts. Plus la coexistence d'une multitude de sens pour les mêmes mots sera encore tolérée par le monde économique, plus les noyeurs de poissons pourront vous balader au-delà de votre capacité d'entendement et vous convaincre de l'intérêt du faux !

Au rebours de l’économisme

Le troisième élément découle des deux premiers. L'économisme, c'est-à-dire un fatras de pratiques relevant d'une économie non objective, doit être aboli pour éviter qu'il ne poursuive la réduction de l'humain à ce qu'il ne convient pas d'en faire. L'économisme laisse croire que le seul régulateur des échanges commerciaux (ou autres) est l'offre de la loi et de la demande sur le marché. Faux ! Il bafoue le concept même de marché en laissant entendre qu'il est partout là où se rencontrent une offre et une demande. On trouvera donc normal de se dépêtrer dans les marchés matrimoniaux, le marché avant le passage aux urnes, les marchés religieux, ceux des rencontres en vacances, en famille, sur le net... Alors qu'en économie objective, il n'y a marché que là où se rencontre des vendeurs et des acheteurs de marchandises (biens ou services), ou des créances qui ont des valeurs d'échange marchand, le tout permettant des échanges équitables où chacun sort avec un revenu qui le satisfait.

Il en ressort, une nouvelle fois, l'urgente nécessité de se battre, par nos questions, nos interpellations du monde politique et de nos partenaires économiques, pour qu'ils se montrent capables de nous expliquer, en mots concrets et illustrations tirées de la vie qui est nôtre, ce qu'ils cachent parmi les concepts-clés dont ils se gargarisent.

Ne nous y trompons pas, ce n'est pas à nous d’être capables de définir les concepts d'une économie objective, c'est à eux, les spécialistes, de nous prouver qu'ils se sont préoccupés de la création d'un langage partagé et compréhensible par les partenaires que nous sommes.

Conclusion, chaque fois que c'est possible, montrons-nous le poil à gratter de leurs discours. Exigeons, sur la base d'un lange objectif partagé, d'être élevés au rang de partenaires et non de stagner à celui de clients faciles à embobiner.

Ce livre de Dominique Michaut, mille mercis à NetGalley France, est une invitation citoyenne à devenir partenaire dans les relations commerciales qui jalonnent notre vie quotidienne. C'est aussi inviter toutes les formatrices et tous les formateurs d'économistes (les écoles, les milieux professionnels des banques, des entreprises et celui, très spécial, des décisions politiques) à créer un cadre d'économie objective, enseigné et validé comme étant le seul cadre éthique sur le marché des échanges présents et à venir !

François Constant, octobre 2018